Hommage à Marguerite Porete

Je voudrais écrire le plus beau des sonnets
En hommage a une mystique et écrivaine
Que l’église brûla vive en guise de peine
Parce qu’à écrire des livres elle tenait.

Malgré l’emprisonnement elle s’obstinait,
Même la menace du bûcher était vaine,
Elle préféra cette sentence inhumaine ;
Femme courageuse et libre si il en est.

Pourtant on ne réserve pas à Marguerite
La place dans notre histoire qu’elle mérite
Au titre de défenseuse des libertés.

Si c’est parce que c’est une religieuse
Je trouve la raison plus que litigieuse ;
Ce combat n’est pas le monopole des athées.

Marguerite Porète a été condamnée pour hérésie  à la suite de la publication de son livre « Le Miroir des âmes simples anéanties et qui seulement demeurent en vouloir et désir d’amour  » 1295, elle y traite du fonctionnement de l’amour divin.

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177. Autre ou ne pas Être

Je répond dans ce billet à une question qui m’a été posée par un nouveau lecteur de Comme un cheveu.

« Ce mysticisme que tu évoques souvent, directement ou en filigrane dans nombre de tes textes, est-il une transcendance de l’humain ou une ascèse vers un au-delà ?

Je ne comprends pas le sens de ta question, mais je vais y répondre… Je me suis intéressé aux mystiques pour leurs poésies. La première d’entre elle était une poésie de Sainte Thérèse d’Avila que j’ai trouvé dans mon livre de philo de terminale. Elle m’a tapé dans l’œil, je l’ai apprise par cœur. Je précise que sur le plan religieux, je suis allé jusqu’à la première communion, le minimum syndical dans ma famille, et j’ai lâché l’affaire. Au-delà de ça, je l’exprime dans cet article,

https://misquette.wordpress.com/2015/01/31/168-lettre-ouverte-a-lorant-deutsch/

le religieux prends souvent l’allure pour moi, de quelque chose qui enferme, de mortifère mais il me semble que pour certains religieux, dont font partie « les mystiques », à l’inverse, la religion est quelque chose qui me semble être, l’expression de la liberté à son paroxysme. Je reviens à ta question. C’est ce poème de Sainte Thérèse qui m’a touché,

SUR CES PAROLES « DILECTUS MEUS MIHI »

Tout entière je me suis livrée et donnée
Et j’ai fait un tel échange
Que mon aimé est à moi
Et je suis à mon aimé.

Quand le doux Chasseur
Eut tiré sur moi et m’eut vaincue
Dans les bras de l’amour
Mon âme est tombée,
Et recouvrant une vie nouvelle
J’ai fait un tel échange
Que mon aimé est à moi
Et je suis à mon aimé.

Il m’a tiré une flèche
Empourprée d’amour
Et mon âme transformée
Fut une avec son créateur ;
Puisqu’à mon Dieu je me suis livrée,
Mon aimé est à moi
Et je suis à mon aimé.

D’autres textes de mystiques m’ont interpellé ensuite, ceux de Saint Jean de la Croix, de Hadewijch d’Anvers, par exemples ou encore de Marguerite Porete.

Voici un extrait que j’aime particulièrement d’une poésie de Saint Jean de la Croix, Le cantique spirituel;

Quand tu me regardais
tes yeux venaient graver ta grâce en moi
c’est pourquoi tu m’aimais
et les miens méritaient
d’adorer ce qu’en toi ils voyaient.

Ça n’est pas seulement la poésie des mystiques Chrétiens qui me plaît, je l’aime, quel qu’en soit la provenance, exemples celle de ce poète arabe, Al-Hallaj, l’équivalent musulman de Marguerite Porete puisqu’il a été, comme elle, assassiné par le pouvoir religieux pour avoir refusé de retirer des propos jugés comme hérétiques, en l’occurrence « Je suis la Vérité (Dieu) » (« Ana al haqq »). Voilà une de ses poésies,

Informe la gazelle, ô brise, dans ta course,
Que ma soif est accrue quand je puise à sa source !
Et cette Bien-aimée, dans mes boyaux soustraite,
Si Elle le voulait, courrait sur mes pommettes !
Son esprit est le mien et le mien est le Sien,
Ce qu’Elle veut je veux et mon vœu Lui convient !

Il y a également la poésie des mystiques athées qui m’interpelle, telle celle de Georges Bataille, à qui je fais une large place sur ce blog, mais également celle de ce poète moins connu, Cafarete, que je découvre tout récemment,

Où vais-je?

A ma rencontre.

C’est une route périlleuse. Un but difficilement accessible. Il y faut un entêtement commandé par l’angoisse.

Où tout doit se confondre.

in Paraphe, p.71
Calaferte

Ou encore ce poème « D’un seul trait », d’un auteur anonyme, que j’ai publié dans l’article précédent. Je m’arrête là pour les exemples.

Qui a t’il de commun à ces poésies ?

« Fut une avec mon créateur » pour Sainte Thérèse d’Avila,
« graver ta grâce en moi » pour Saint Jean de la Croix,
« Son esprit est le mien et le mien est le Sien, » pour Al-Hallaj,
« La certitude incandescente / me pénètre et me consume », pour la poétesse anonyme,
« Où tout doit se confondre » pour Calaferte.

A chaque fois il y est question d’une fusion ressentie ou recherchée, on parle pour les religieux de « la mystique Nuptiale » ou de la « mystique Unitive ». Il me semble que l’état le plus élevé du bonheur suppose une dépersonnification. Le terme est ambigu, car il est également utilisé en psychiatrie pour évoquer les troubles de la personnalité, disons plutôt que pour toucher au bonheur, il faille mourir à soi-même, et laisser la place à quelque chose d’Autre (la majuscule à Autre n’est pas une faute de frappe), un non-soi qui est soi. Je crois que pour décrire cette chose, ce « je ne sais quoi » dont parle Saint Jean de la Croix, (expression également utilisée par Hadewijch d’Anvers, bien avant lui…) on ne peut employer que ce genre de formules paradoxales. Une de ces formules paradoxales me vient à l’esprit, celle de Rimbaud, « Je est un autre », il ajoute « J’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute… ». Alors à ta question, que finalement, grâce à ces développements, je crois comprendre, je réponds que le mysticisme que tu entrevois, fort justement, au travers de mes lignes, c’est les deux a la fois; c’est une transcendance, car il s’agit d’un dépassement, quelque chose, un autre pour Rimbaud, Dieu pour les religieux (c’est alors une transcendance de l’humain) vient à la place de soi, mais c’est également « une ascèse vers l’au-delà » dans le sens où cet « au-delà » est un au-delà de soi, un Autre ou l’autre, comme tu voudras, un espace insondable, infini. L’ascèse, consiste, en ce qui me concerne, à faire ce que je viens de faire, à écrire.

Illustration, Autographe de René Magritte

158. Charlie mamie

JE SUIS

MARGUERITE PORETE

Écrivaine, qui malgré l’emprisonnement et la menace de mort, a refusé de renier ses livres dans lesquels elle exprimait sa vision de Dieu. Elle fut brûlée vive, avec son ouvrage, le premier juin 1310, par des extrémistes chrétiens. Elle ne s’est pas rendue au procès qui la condamna au bûcher car elle se considérait être une « âme libre qui ne répond à nul si elle ne le veut ».

104. La haine des femmes

Marguerite Porete m’a fait penser à Antigone de Sophocle, parce que je voyais en elle une résistante farouche à l’autorité, déterminée comme Antigone jusqu’à la mort. Pour rappel, Marguerite Porete, emprisonnée depuis 18 mois, ne s’est pas rendue au procès qui l’a condamnée aux flammes, parce qu’elle se considérait, selon ses mots, comme une « âme libre qui ne répond à nul si elle ne le veut ». En fait, je me suis rendu compte qu’elles avaient un second point commun, elles avaient pour bourreaux, des hommes, avec un tout petit « h » mais avec une grande trouille de se voir piquer le pouvoir par des femmes. Voici un florilège des tirades misogynes de Créons, roi de Thèbes dans « Antigone »;

« Si tu veux tant aimer, va-t-en donc aimer
Les morts ; tant que je vivrai, aucune femme n’imposera sa loi. »

« Il vaut mieux, s’il le faut, tomber sous les coups d’un homme, Et qu’on ne dise pas que nous avons reculé devant une femme. »

« Quelle attitude répugnante ! Se laisser dominer par une femme ! »

« Tu rampes devant une femme, ne me casse plus les oreilles. »

« Ce n’est plus moi, l’homme, à présent, l’homme c’est elle,
Si elle s’en sort, et si on lui donne raison. »

Sophocle a écrit Antigone un demi-siècle avant Jésus-Christ, Marguerite Porete a été brûlée en 1310. Comment les choses ont évolué en terme d’égalité femme-homme depuis ? Dans certaines parties du monde, on peut parler de recul, et là où il y a eu des avancées, elles sont fragiles, remisent en questions, voir par exemple, le clip de la police Hongroise dans l’article précédent ou ces propos dignes de Créons,

« la contractualisation du mariage de deux êtres égaux méconnait la subtilité des rapports entre les hommes et les femmes. Le besoin des hommes de dominer – au moins formellement – pour se rassurer sexuellement. Le besoin des femmes d’admirer pour se donner sans honte ».
Éric Zemmour, Le suicide français, 2014.

Mâle, sévèrement burné, bête de sexe s’il en est, je reprends à mon compte ces mots d’Antigone, « Je ne suis pas née pour haïr, mais pour aimer ».

Illustration; exhibition of Divine Eros for Easter of 2008 with Theron at the San Francisco Art.

102. Âme anéantie

Hier, j’ai publié une lettre ouverte à Marguerite Porete, cette mystique chrétienne du moyen-âge, brûlée vivante en place publique après avoir été emprisonnée un an et demi, pour avoir écrit un livre dont le titre est; Le Miroir des âmes simples anéanties et qui seulement demeurent en vouloir et désir d’amour. Ce matin, rien dans les commentaires, rien dans la boîte mail, elle ne m’a pas répondu. Je m’y attendais. Elle est morte et les morts ne communiquent plus. C’est ce qui nous manque le plus. Quand ils sont partis c’est pour toujours, mais ça n’est pas ça le problème principal, on peut partir et se parler au téléphone, s’écrire, s’envoyer des signaux de fumée… Si on s’adresse pourtant encore à eux c’est en croyant qu’ils nous entendent et parfois même, qu’ils sont en capacité de nous répondre. Pourquoi le croire ? Pourquoi leur écrire, pourquoi ces mots qu’on leur adresse en silence dans le creux de la nuit ou en plein jour devant leur tombe ? Parce que, âme anéantie, nous demeurons en vouloir et désir d’amour.

Photo; Boltanski, Leçon des ténèbres.

101. Lettre ouverte à Marguerite Porete

« Et le lundi ensuivant, fu arsé (fut brûlée), au lieu devant dit (In communi platea Gravi), une béguine clergesse qui estoit appellée Marguerite la Porete, qui avoit trespassée et transcendée l’escripture devine, et ès articles de la foy avoit erré; et du sacrement de l’autel avoit dit paroles contraires et préjudiciables; et, pour ce, des maistres expers de théologie avoit esté condampnée. »
Extrait d’un journal qui fait référence à l’assassinat de Marguerite Porete, le 1er juin 1310.

Chère Marguerite,

Quel beau prénom tu-as ! On ne se connaît pas, tu es morte depuis sept cent quatre ans et à l’époque, je n’étais même pas né. J’ai entendu parlé de toi, pour la première fois, il y a quelques mois à peine. Je sais que tu étais une béguine et que tu as été brûlée vive avec le livre qui t’a valu cette condamnation, place de l’Hôtel de Ville à Paris. La prochaine fois que j’y passerai, j’y déposerai une marguerite. Quelle bande de cons ! Excuse-moi l’expression, mais comment qualifier autrement ceux qui t’ont fait périr par les flammes parce que tu avais écris un livre qui n’était pas à leur goût ? C’était des hommes de Dieu, comme ils disent, « des maistres expers de théologie ». Il faut se méfier des experts en écritures divines comme du virus Ebola. Il y a parmi les religieux de tous bords, un paquet de frustrés de la vie qui prétextent de la volonté divine pour assouvir leur haine. Je discutais avec une amie du mariage pour les homosexuels, elle me disait qu’elle ne faisait pas de distinction entre l’amour qu’il y avait entre homosexuels et hétérosexuels, mais qu’elle ne pouvait admettre une telle union parce que la bible s’y oppose. Je ne sais pas si il y a écrit dans ce bouquin un truc du genre, « Moi, Dieu, je déclare l’union maritale entre deux personnes du même sexe illégitime », je n’irai pas vérifier, il y a en tout cas des « maistres expers de théologie » qui l’attestent, mais ce que je sais, c’est que j’imagine l’intérieur de la tête de mon amie comme une prison dont les pages de la bible sont les barreaux.

À Marguerite Porete et quelques autres

Au large,

Nous avons appelé notre cage l’espace,
Et ses barreaux déjà ne nous contiennent plus.
***

C’est d’Aragon, je veux être de ces autres, à côté d’Aragon et à tes côtés.

Je t’embrasse Marguerite, avec une infinie tendresse, embrasse, s’il te plait, de la même manière, pour moi, deux autres Marguerite, Marguerite Duras et ma grand-tante, Marguerite Authemayou.

Vincent