Brahim Bouarram 01/05/95

PARIS, FRANCE – 01 MAI: Etudiants au defile du Front National, le 1er mai 1995 a Paris, France. (Photo by Patrice BOUVIER/Gamma-Rapho via Getty Images)

La politique du rejet
De l’immigré est leur projet.
Quand ils vont déposer des gerbes,
Qu’il ne soit pas sur leur trajet.

Le passage

« Le livre est terminé. Et il ne fonctionne pas. Je ne dois plus le toucher. Je dois attendre. Je dois l’oublier. Je dois me faire aider. je dois recommencer. Recommencer de recommencer. Lorsque je quitte une histoire, je me sens vide et délabré. Comme une maison abandonnée. Ma vie est calme et pleine. Elle a été plus agitée et plus vide. Mais dans tous les cas et bien que je ne sache ni raconter ni imaginer, je n’ai jamais su faire sans histoire. Je ne sais pas vivre sans histoire. La réalité est trop loin ou trop près, trop confuse ou trop claire, trop informe ou trop inaltérable, elle a trop de goût ou pas assez. Elle me submerge et me ravaude comme le sel et l’eau sur ces blockhaus des plages de l’océan. Je l’assume et m’y confronte mais pour l’aimer, la comprendre, j’ai besoin de me raconter des histoires. Je traverse la forêt. Elle est luxuriante et pourtant  abimée. Ce n’est pas une forêt de conte de fée. C’est une forêt de bord d’autoroute. Elle n’est pas moins riche. Elle n’est pas moins vraie. Elle est emplie de lunes roses et de pièges rouillées. De bêtes tordues et de rosée. Nos déchets y inventent des réponses. Elle est drue de ronce et d’inutile. Hostile. Et elle danse. Je m’y empêtre. Parce que je veux plonger et disparaitre. Je veux m’oublier. Je veux trouver quelque chose. Autre chose. Hors de moi. Je vais m’y perdre quelques heures par jour. Comme pour me salir et vivre avant de retourner là où l’amour et la chaleur sont bien rangés. Là où je suis responsable et grand. Et un peu triste. Voilà comment ça se passe. J’enfonce mes doigts dans mes yeux, je déchire ma peau jusqu’à ce que mon cœur s’enfuit tout boiteux et sanguinolent entre les canettes de bière et les orties. Je passe d’une fleur à une merde de chien, pour sentir chaque couleur. M’attarde sur le pelage doux et froid d’une bête écrasé. M’enfuit à tire d’aile. Escalade en insecte les montagnes bistres d’une conserve abandonnée. La végétation est de plus en plus épaisse. Des lianes se balancent sur le plâtre déchiré des murs. Elles pansent les blessures du désastre et sous le lierre tressé, je déchiffre des mots d’amour et de mort tagués dans le salpêtre. Sur un matelas étrange dessous les tôles froissées, des humains ont fait l’amour et des petits rongeurs effrayés ont pissés. Il reste une bataille de sourires affamés délabrés en chaque chose. Ici pendant quelques heures je fais comme si je vivais. Les pierres noires d’un feu de clochard, l’eau croupie d’un creux de pluie enivrée de larves, des langues d’oiseaux au bout de mes doigts sales. Je survie comme un singe sur les ruines de New York, comme le dernier homme qui se caresse en rêvant d’une femme, comme un enfant qui déchiffre les étoiles. Je survie et j’invente quelque chose. Lorsque la nuit arrive, je quitte mon royaume, ma jungle de ruine, mon rêve. Je retourne dans mon terrier lécher les plaies des gens que j’aime, les soigner et m’y soigner. Le soir en m’endormant j’imagine les faire passer de l’autre côté. Pour que nous y reconstruisions un monde ensemble, sans que je ne sois plus jamais seul. Et puis la nuit couve. Et puis le jour crie. Et puis ça recommence. Jamais je ne sais si je retrouverai un passage. »

Thomas Vinau

Quand le châtelain n’est pas là

Source

Un hélico se pose, effrayant une biche,
Dans la campagne anglaise, à deux pas d’un manoir
Où vit une famille à la fois noble et riche.
En descendent un pilote et un homme en costard.

Que des gens n’aient pour toit qu’une tente il s’en fiche :
Selon lui ils n’ont qu’à travailler jusqu’à tard.
Aux abords du domaine un de ces « fainéants » niche,
Il a vu sa toile dans la lueur du soir.

Le châtelain revient d’un court voyage en France
Et a dans ses bagages un tableau de Hopper :
Présent pour sa Lady qui l’aime en apparence.

D’ailleurs quand il l’embrasse, il est pris de stupeur :
Sa peau a de l’amour encore la flagrance
Ayant juste eu le temps de cacher son campeur.

À Léon Gerspach

Mon arrière grand-père a souffert le martyre,
Pendant la grande guerre, enfin, la grande nuit…
Je garde un souvenir précis et bon de lui,
Car il avait le chic pour provoquer mon rire.

Vous ne serez donc pas surpris d’entendre dire
Que si aux allemands, il causa des ennuis,
À l’enfant que j’étais, nullement il n’a nuit,
Ni au remplissage de ma tirelire !

Il fut un combattant maintes fois décoré,
Pour avoir sous le feu intensément œuvré
À ce que les liaisons demeurent continues.

Il n’évoquait jamais ces dangereux transports
De fils téléphoniques, entouré par la mort,
De toujours amuser, ne perdant pas de vue.

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