La révélation de Frère Clovis

le_palais_des_merveilles
Clovis Trouille, Le palais des merveilles. Détail

La neige tombait drue cet après-midi là.
En raison de cette météo difficile,
Un homme était bloqué dans son automobile,
Laissant des bonnes soeurs dans un grand embarras.

Elles avaient une centaine d’enfants sur les bras,
Dont certains étaient de plus en plus indociles,
A force d’être obligés d’attendre immobiles,
La venue tant désirée de Saint Nicolas.

Une novice fit elle-même l’évêque,
Elle se travestit dans la bibliothéque
Se croyant à l’abri du regard des curieux.

Frère Clovis qui était alors un élève,
Soulevant un rideau la vit en tenue d’Ève
Ému par sa beauté il crut dès lors en Dieu.

.

« Ce qui m’intéresse le plus dans mon oeuvre, c’est sa valeur intrinsèque : la couleur, la matière. Ce qui n’intéressait pas Breton; il n’était pas rétinien; il ne voyait que l’histoire. Ce qui compte, c’est la composition, la matière : ce que j’étudiais au Musée de Picardie en présence de Velázquez. Je me situe de façon très indépendante. Je n’ai jamais admis le cubisme. Ça ne m’émouvait pas. J’aime peindre la beauté féminine. J’ai cherché toute ma vie ce qu’il y avait de plus beau dans la nature pour l’exprimer dans mes tableaux. Je n’ai rien trouvé de plus beau que le nu de jeune fille. Pour les hommes qui sont hommes, c’est un spectacle émouvant. Par le sexe de la femme, c’est Dieu qui se révèle. Je ne me suis pas attaché à peindre des hommes dans mes tableaux. Vous savez, l’homme, c’est pas drôle. »

Clovis Trouille

PS ; Pour donner le contexte de cette dernière affirmation, Clovis Trouille a été sept ans soldat, dont quatre pendant la « sale » guerre comme il l’appelait. Cet événement l’a durablement traumatisé.

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382. Se rencontrer

L’histoire que je vous raconte aujourd’hui s’est déroulée à l’occasion de la fête de la Saint Nicolas alors que j’habitais en Lorraine. Il faut savoir que l’on y célèbre le saint patron et protecteur des enfants depuis des lustres. Le père Noël en serait le descendant. Ce dernier n’y a d’ailleurs pas l’envergure de l’évêque de Myrrhe pour ce qui est de la notoriété.

Cette année, la ville de Nancy renonce au traditionnel défilé en raison du climat d’insécurité ambiant. Ca risque d’être un déchirement pour beaucoup de familles de ne pouvoir se retrouver le samedi soir de la semaine du 6 décembre sur la place Stanislas emmitouflées dans des vêtements d’hiver, le petit dernier sur les épaules du papi, pour voir le Saint homme apparaître au balcon de l’hôtel de ville dans la lumière d’un projecteur et sous les applaudissements de la foule. La sécurité a eu raison de la féérie. Je crains qu’au bout du compte l’on perde l’un et l’autre. Je suis de l’avis de Benjamin Franklin;

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

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365. L’amour a raison de tout

Henri-François Riesener
Henri-François Riesener

 

Quand je travaillais comme rééducateur dans un service de soins à domicile pour enfants handicapés, à la période de la Saint Nicolas, la première semaine de décembre, nous organisions un petit spectacle que nous allions leur présenter. La tradition s’était transmise depuis plus de trente ans que le service existait et au fur et au mesure des années nous avions développé un certain savoir faire dans le domaine si bien que chaque Saint Nicolas était un moment très attendu par les enfants et leurs proches. J’ai déjà évoqué sur ce blog cette période très riche de mon activité professionnelle.

https://misquette.wordpress.com/2015/01/23/158-vivante/

https://misquette.wordpress.com/2015/02/20/178-les-yeux-demma/

https://misquette.wordpress.com/2015/04/01/199-la-grace-sans-la-pesanteur/

Travaillant chez elles, nous partagions avec les familles leurs joies et leurs peines. Je me souviens qu’à cette époque, alors que je n’écrivais pas encore, je me disais souvent à haute voix en sortant des séances de rééducations; « Un jour, je l’écrirais », faisant référence à un moment fort que je venais de vivre. J’y suis.

Le souvenir du jour m’est revenu hier, je ne sais pas pour quelle raison, peut-être simplement parce que la Saint Nicolas approche. Pendant une semaine nous ne comptions pas nos heures, environs soixante dix familles à visiter, dans un périmètre d’une cinquante kilomètres autour de Nancy, nous étions à pied d’oeuvre aux aurores et nous terminions tard dans la soirée, quasiment du non-stop puisque nous nous couchions et nous réveillions avec les chansons que nous chantions à longueur de journée, bien malgré nous, elles s’imprimaient dans nos têtes à force d’être répétées. En quatorze ans de pratique, plus mes années en tant qu’écolier lorrain, je connais le répertoire des comptines de cette fête sur le bout des doigts. C’était physiquement assez éprouvant, les kilomètres, le froid, les allées et venues dans la camionnette engoncés dans nos déguisements, les sacs d’ustensiles d’animations; instruments de musiques, décors, paniers de bonbons à trimballer, d’ailleurs si nous attendions cet événement avec impatience, nous avions aussi un peu d’appréhension sachant par avance que l’on terminerait la semaine sur les rotules.

Un soir où nous étions épuisés, à l’avant dernière journée de la tournée, il était autour de vingt et une heures, nous nous sommes péniblement hissé jusqu’en haut d’une barre HLM. Je me souviens qu’en sortant du camion nous pataugions dans la neige fondue avec nos équipements encombrants. Des adolescents sont venus solliciter Saint Nicolas, « Ouéche Saint Nicolas! Donne les bonbons, allez stoplais, vas-y, j’ai bien travaillé à l’école ! », le bienfaiteur des enfants donnait toujours des bonbons, quoi qu’il en soit de ses doutes sur la véracité des propos qu’il entendait, ces extras étaient pris en compte quand nous allions faire le plein de sucreries au supermarché. Le hall d’entrée de l’immeuble était peu avenant; détritus sur le sol, graffitis sur les murs, lumière blanche agressive au plafond. Dans le petit ascenseur nous tentions de filtrer les effluves nauséabondes d’urine en plongeant notre nez dans le revers de nos manches et d’éviter de mettre nos vêtements, parfois amples, en contact avec les parrois de la cabine afin de ne pas les souiller. Cette année-là c’était moi l’évêque de Myre et c’était donc moi qui arrivait en dernier dans la pièce principale accompagné de mon âne, aussi avais-je dût attendre sur le pallier de l’appartement dans cette atmosphère pour le moins désagréable. J’avais collé mon oreille contre la porte d’entrée afin de ne pas rater le moment où j’allais devoir l’entrouvrir en secouant ma clochette. Je me suis introduis dans la maisonnée, l’âne à mes cotés, quand j’ai entendu;

« Ô grand Saint Nicolas,
Patron des écoliers,
Apporte-moi des pommes
Dans mon petit panier.
Je serai toujours sage
Comme une petite image.
J’apprendrai mes leçons
Pour avoir des bonbons.

Venez, venez, Saint Nicolas,
Venez, venez, Saint Nicolas,
Venez, venez, Saint Nicolas, et tra la la…

Je me suis avancé d’un pas lent, m’appuyant sur ma crosse (le bienfaiteur des enfants n’est pas de la première jeunesse!) au milieu des « Oh! Grand Saint Nicolas! » de mes collègues et du regard ébahis et parfois appeuré des enfants qui allaient se blottir dans les bras de leurs parents. Un collègue s’est empressé, suivant un scénario bien rodé, de m’aider à m’assoir sur une chaise. S’ensuivait un moment de silence, le temps que le vieille homme reprenne son souffle et que tout le monde se remette de ses émotions. Il est impressionnant Saint Nicolas et pas seulement pour les enfants. J’ai vu beaucoup de parents, de grands-parents et même de voisins (Nous étions très attendus) essuyer une larme à sa venue. L’astuce pour certains pour ne pas montrer leur émoi était de se cacher derrière un camescope ou un appareil photo. C’était magique. C’est pour cela que je vous raconte ça. Ca me fait un bien fou de le faire, je suis seul, je n’ai pas besoin de caméscope. Je sais que je ne trouverais pas les mots pour que vous ressentiez ce moment incroyable, j’essaie quand même de vous en faire goûter un peu. Si c’était si fort, c’est que les familles dans lesquels nous allions traversaient des moments douloureux, elles avaient parmi elles un enfant à la santé très fragile et le fait que nous fassions en sorte qu’il puisse vivre cette fête, comme les enfants scolarisés, les touchaient particulièrement. Au moment de partir, le père de famille nous a proposé de nous installer à la place des siens. C’était une famille d’origine magrébine et le salon était tel qu’ils le sont en Afrique du nord, avec de grandes banquettes qui font le tour de la pièce et qui permettent d’y réunir un maximum de convives. Nous étions fatigués et fourbus et avions hâte de nous allonger dans nos lits aussi avons nous poliment refusé son invitation mais il insistait tellement que nous nous sommes résolus à nous assoir. Jusque là rien d’extraordinaire, nous étions souvent sollicités de la sorte pour partager un café ou un thé à la fin de la représentation. La particularité cette fois, c’est que sont arrivées les grandes soeurs du petit garçon dont nous nous occupions, encombrées de grands plats argentés finement ciselés, sur lesquels se trouvaient des victuailles à n’en plus finir, un repas complet; Tajine de légumes, brochettes, pain à la semoule, fruits, pâtisseries fines dont des sablés recouverts de miel et de graines de sésame et des cornes de gazelles dont j’aimerais retrouver la saveur. bella_hancockNous n’en avions pas fini avec les surprises, au moment du dessert, les femmes de la maison se sont absentées. Quelques minutes plus tard elles sont réapparues en dansant sur une musique lancée sur le lecteur de cd par un des frères de notre petit patient. Elle étaient vêtues de grandes robes aux couleurs vives faites de tissus soyeux et ornés de paillettes. La mère et les filles ont entamés une danse traditionnelle autour de leur petit protégé. Dans son siège coquille avec repose tête qui lui permettait d’avoir une posture assise malgré sa quasi absence de tonicité musculaire, l’enfant suivait des yeux (Il ne pouvait supporter le poids de sa tête et à fortiori la déplacer) ses protectrices. La sonde nasale qui permettait de l’alimenter ne l’empêchait pas d’afficher un grand sourire, il essayait même de les accompagner dans leurs mouvements gracieux, autant que sa motricité le permettait, en contractant ses muscles, provoquant ainsi de petits soubresauts à son corps chétif. Nous avons finis par nous joindre à eux en tapant dans nos mains sur le rythme de la musique. Sur le trajet retour, l’éducatrice en charge de l’enfant nous a appris que la mère n’avait pas pu servir les plats avec ses filles parce qu’elle souffrait d’une déficience visuelle sévère, conséquence d’une maladie chronique. Les paroles d’une chanson de mon adolescence  me reviennent, « L’amour a raison de tout » *.
*Téléphone, Laisse tomber

Si tu crois que ça va craquer,
Si tu crois que tout va s’arrêter, là où tu l’as décidé.
Laisse aller, laisse aller, laisse aller.

Ça me crève le cœur que tu crèves d’envie de crever,
Dans ce jeu de cartes, cartes d’identités, garde ton identité.
Laisse-les, laisse aller, laisse aller.
Laisse tomber bébé, laisse tomber, laisse tomber.

Car l’amour a raison de tout

217. Homme libre

dans la maison des mots, tu t’obliges
à demeurer en cette souplesse
de la pensée à peine ondoyante,
et paisible, là où tu inventes,
à fleur de sentiment pour que naisse
tout le contraire d’un homme-lige

Nicolas Gille, in Un ciel simple

J’aime cette poésie.

dans la maison des mots, tu t’obliges
à demeurer en cette souplesse
de la pensée à peine ondoyante,
et paisible,..

Oui, le sentiment de sécurité que l’on ressent quand on écrit, quelque chose de paisible, un refuge, un cocon. Dans une interview, Henri Thomas parle d’un « berceau d’écriture »;

« Quelques fois je me dis comme c’est rassurant d’avoir écris, c’est la seule chose, enfin c’est le seul berceau dans lequel on peut se remettre, parce que tous les berceaux sont perdus, il n’y en a plus qu’un, si on l’a, c’est un berceau d’écriture, on se recouche dedans, il est tout sale, tout crasseux, tout mélangé mais c’est le berceau de l’écriture. Quelque fois j’ai pensé à ça, je me suis dit, si il m’arrive de mourir, on ne sais jamais, et bien je voudrais me coucher dans mon berceau d’écriture. »

https://misquette.wordpress.com/2014/09/15/quarante-huit/

Oui, la pensée qu’on laisse dériver au grès du courant, ne s’attacher à rien, « ni ceci, ni cela » dirait Saint Jean de la Croix, laisser la pensée nous guider. Une expression résume cet état de l’esprit, « Regarder les mouches voler ».

…, là où tu inventes,
à fleur de sentiment pour que naisse
tout le contraire d’un homme-lige

Oui, regarder les mouches voler nous mène à être plus réceptif à nos émotions, à laissé advenir notre inconscient, les barrages s’effondrent au fur et à mesure que l’on s’élève dans la solitude de l’écriture. De cette réceptivité accrue, des mots arrivent dans notre esprit et certains sont plus inattendus que d’autres. Des mots clefs. Tiens, justement, le mot que je viens d’écrire « clef » est un mot clef. Je ne m’attendait pas à le voir venir. Je viens de me demander ce qu’une clef avait à voir là-dedans et je réalise pour mon plus grand bonheur qu’il dit à merveille ce que je cherche à exprimer; ces mots inattendus sont des mots qui ouvrent des portes, qui libèrent la pensée, SA pensée. Ce mouvement de libération, on peut l’éprouver en lisant les mots des autres, c’est même le moteur de nos lectures, quand nous ne lisons pas pour nous changer les idées, mais pour les faire émerger. Je partage l’avis de Jean-Claude Pirotte, quand ce sont nos propres mots qui nous libèrent c’est d’autant plus jouissif;

«Écrire pour moi, pour l’unique plaisir de voir se former les mots sous ma main, de découvrir des vocables que je croyais ignorer, des tours de phrase inédits, des surprises. Il va de soi que consciemment ou non je puisais dans mes lectures à l’improviste, inspiré par une mémoire confuse, et le dictionnaire devait m’apprendre le sens réel du mot dont je m’étais servi. C’était un bonheur de se procurer son propre étonnement.»

Jean-Claude Pirotte, Brouillard.

Jean-Claude Pirotte, tous le contraire d’un homme-lige, un homme libre.

199. La grâce sans la pesanteur

Pas la grosse patate ces jours-ci. Ça a fini par revenir aujourd’hui. Je m’occupe d’handicapés mentaux, c’est mon métier et encore une fois c’est eux qui m’ont redonné la pêche. J’aime leur compagnie et ils me le rendent bien. Je les amuse et ils m’amusent, parfois ils ne le font pas exprès. Aujourd’hui, par exemple, je demande à l’un d’eux, un adulte, si il avait entendu parlé de l’avion qui s’était écrasé contre la montagne, il me réponds;

– Oui, un, cinq, zero morts, ma mère elle m’a dit. (Il levait les doigts en même temps qu’il prononçait les chiffres, sans que le nombre de doigts levés ne corresponde au nombre énoncé.)

– Et tu sais pourquoi il s’est écrasé l’avion ?

– C’est parce que le pilote il a été faire pipi et quand il a voulu sortir, la porte des toilettes, elle est restée coincée.

Il a arrangé l’explication qu’on lui a donné à sa sauce parce qu’il ne comprends pas ce que ça veut dire se suicider, c’est quelque chose d’inconcevable pour lui qu’on veuille se donner la mort. Quand j’ai essayé de lui expliquer ce que ça voulait dire, il m’a regardé avec des grands yeux, comme si j’étais moi-même handicapé mental. Par contre, pour lui, c’est tout à fait concevable qu’on puisse resté enfermé dans les toilettes, je parierais que ça lui est déjà arrivé et que ça le stress encore à chaque fois qu’il y va.

Tant que j’y suis, j’ai une autre anecdote du même type, à partir d’un événement beaucoup moins pesant que la mort de cent cinquante personnes, cette fois c’était un enfant, une petite fille, elle aussi handicapée mentale. Je m’étais déguisé en âne pour les fêtes de la Saint Nicolas et avec un collègue, grimé en Saint patron des écoliers, on s’était rendu chez elle. Elle avait été très impressionnée par l’âne qui se comportait à peu près comme un vrai âne, il allait traîner dans la cuisine à la recherche de nourriture et se montrait têtu lorsque le Saint Nicolas tentait de le faire revenir dans le salon. Il avait finalement consenti à y retourner quand la petite fille a voulu faire un tour sur son dos. Le lendemain, je vois la petite fille pour sa séance hebdomadaire de rééducation et la première chose qu’elle me dit, toute émerveillée;

– Hier, y’a un âne qui est venu à la maison.

– Ah, bon! Un âne est rentré dans ta maison!?

– Oui, et il s’appelait Vincent Misquette, comme toi.

– Non, c’est pas vrai!? Vincent Misquette, comme moi? Mais c’est incroyable! Comment tu sais qu’il s’appelait Vincent Misquette?

– C’est ma maman qui me l’a dit.

En fait sa mère avait essayé de lui faire admettre que l’âne était un faux et que c’était moi qui était à l’intérieur (Les adultes ont parfois de drôles d’idées…), et elle, ne pouvant concevoir que l’âne ne puisse être autre chose qu’un âne, a transformé l’explication de sa mère de façon à ce qu’elle soit conforme à sa réalité, l’âne était bien un âne et si sa mère lui parlait de mon nom au sujet de l’âne, c’était qu’il s’appelait comme moi.

Je fais un travail extraordinaire. On me dit parfois, « Mais quel courage tu as! Moi, je ne pourrais pas! ». Les handicapés perçoivent, pour beaucoup, le malaise qu’ils inspirent aux autres, malaise qui se traduit soit par de la condescendance ou de la moquerie. Ce rejet est très pénible pour eux, parfois, j’ai l’impression qu’il l’est plus que le handicap. Des lois existent pour que les handicapés soient reconnus pleinement comme des individus, mais on aura beau voter toute les lois, prononcer tous les discours, le regard de la société sur eux ne changera pas tant que les gens n’auront pas eu la chance, je dis bien, LA CHANCE, de les rencontrer autrement que derrière un écran de télévision le jour du Téléthon. Quand une personne me dit que j’ai du courage de faire ce métier, j’aimerais pouvoir provoquer une rencontre entre cette personne et les enfants et adultes dont je m’occupe. A chaque fois que j’ai pu le faire, les valides en sont sortis transformés. Après les premiers moments de gène de leur part, le contact s’établit très rapidement et c’est uniquement grâce à ce « contact » que les valides reconnaissent pleinement le statut d’individu aux handicapés car comme le dis fort justement Simone Weil;

« Parmi les êtres humains, on ne reconnaît pleinement l’existence que de ceux qu’on aime. »

in La Pesanteur et la Grâce.