Stampe by me (suite et fin)

Son premier mouvement fut d’entrouvrir les yeux.
Leurs iris marron bleu cherchèrent ceux de l’homme
Qui aimait l’emmener dans un aérodrome
Pour danser en biplan sous l’auspice des cieux.

Sa présence eut sur elle un effet merveilleux,
Les docteurs l’appelaient « Le plus puissant des baumes »,
Quand il frôlait sa joue du creux de sa paume
Son visage affichait un sourire radieux.

Ses progrès furent jugés en tous points remarquables,
Mais certaines actions restèrent impraticables,
Elle pouvait alors compter sur son ami.

Se hisser dans l’avion, pour donner un exemple,
Tandis qu’il l’y portait contre son torse ample,
Elle lui murmurait « Amour, Stampe by me ».

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Stampe by me (suite)

L’accidentée n’avait aucune réaction,
Bien qu’on la stimulait de l’aube au crépuscule.
Plus les mois défilaient, plus étaient minuscules
Les chances de la voir entrer en relation.

Devant la gravité de la situation,
L’équipe soignante, lors d’un conciliabule,
avait même songé à ôter la canule
qui était nécessaire à sa respiration.

On n’attendait plus rien des traitements chimiques,
L’unique espoir était qu’un choc psychologique
de grande intensité provoqua son réveil.

L’ex-amant s’envola sur le champ d’Australie
Quand il fut prévenu qu’on craignait pour sa vie,
Un baiser de ses lèvres abolit son sommeil.

Stampe by me (suite)

N’étant pas attaché, son corps fut projeté
contre le pare-brise avec beaucoup de force.
Il passa à travers jusqu’au niveau du torse,
À peu près à hauteur de son décolleté.

Le sang dégoulinait du verre feuilleté
Colorant en rouge l’immaculée écorce.
Une seconde fois, on frôlait le divorce
Entre l’âme et le corps un brin déchiqueté.

Les pompiers ont souffert quand il fallut l’extraire,
Mais par leur maîtrise ces hommes s’illustrèrent
et c’est encore en vie qu’elle monta au ciel.

Quand l’hélicoptère se posa sur la piste,
Qui la croyait sauvée paraissait utopiste :
On prévint les proches d’un décès potentiel.

Stampe by me (suite)

Elle fit parvenir son premier manuscrit
À tous les éditeurs de romanciers célèbres,
Mais son texte à leurs yeux avait valeur d’algèbre,
D’aller voir ailleurs ils le lui ont prescrit.

Or, poussée par l’orgueil, la scribe l’a proscrit.
Cette désillusion raviva les ténèbres
Qui furent la cause d’une intention funèbre :
Mettre fin à ses jours lui revint à l’esprit.

Elle pris un whisky et traça de sa plume
Sur un bout de papier ses volontés posthumes,
Puis vida la bouteille en buvant au goulot.

Au bout de la route qui longe le rivage
Son Alpha Roméo ripa dans un virage
Et alla embrasser le tronc d’un vieux bouleau.

Stamp by me (suite)

Quand elle était lassée d’écrire son roman,
Elle se promenait jusqu’au cimetière
dans lequel repose des hommes d’Angleterre
Tombés pour la France sous des tirs allemands.

Elle en faisait le tour en marchant lentement
et s’arrêtait toujours en face d’une pierre
sur laquelle est gravée le nom d’un militaire
qui n’avait pas vingt ans lors du débarquement.

Elle le vérifia, arpentant les allées,
Il est le plus jeune de toute cette armée
de soldats reposant loin du pays natal.

Pour son anniversaire elle mis sur sa tombe
Un bouquet de rose du teint qu’ont les colombes,
Alors que les mouettes jouaient leur récital.

Stampe by me (suite)

 

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Elle passait dans le noir le plus clair de son temps,
Dormant surtout le jour, par petites séquences.
Qu’elle ait pris ce rythme était sans conséquences
concernant son travail, de côté, pour l’instant.

Son arrêt finira, mais pour le temps restant,
Elle vivait ainsi que l’on vit en vacances,
décidant de l’ampleur comme de la fréquence
des moments de repos, c’était très important ;

L’atmosphère nocturne apaisait ses angoisses
en lui rendant possible, enfin, ce face-à-face
avec elle-même que l’écrit permettait.

Peu importait alors qu’il l’ait abandonnée,
Sa plume lui faisait atteindre l’empyrée,
Immergée dans les mots, rien d’autre n’exitait.

 

Illustration : L’ascension de l’homme béni vers l’empyrée – le paradis céleste de Jérôme Bosch

Stampe by me (suite)

 

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Ses proches s’inquiétèrent à la voir aussi mal.
Ils l’appelaient souvent pour proposer leur aide,
Or elle refusa chacun de leurs remèdes,
Même de partager un court séjour thermal.

Rester toute seule lui était optimal.
Elle voulait ainsi vivre cet intermède ;
N’avoir pour visiteur qu’un jeune palmipède,
Un goéland marin, attachant animal.

Elle l’a recueilli blessé sur sa terrasse
Après qu’il ait heurté violemment une glace.
Pendant plusieurs semaines elle en a pris grand soin.

Puis l’oiseau retrouva l’usage de ses ailes.
Il repris aussitôt sa vie originelle,
Mais revint lui parler tous les jours néanmoins.