Stamp by me (suite)

Pendant qu’elle n’écrit pas, elle lit des romans
ou va se promener jusqu’au cimetière
dans lequel repose des hommes d’Angleterre
Tombés pour la France sous des tirs allemands.

Elle en fait tout le tour en marchant lentement,
Parfois elle s’arrête en face d’une pierre
sur laquelle est gravée le nom d’un militaire
qui n’avait pas 20 ans lors du débarquement.

Elle l’a vérifié, arpentant les allées,
Il est le plus jeune de toute cette armée
de soldats reposant loin du pays natal.

Pour son anniversaire elle a mis sur sa tombe
Un bouquet de rose du teint qu’ont les colombes,
Alors que les mouettes jouaient leur récital.

Stampe by me (suite)

 

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Elle passe dans le noir le plus clair de son temps,
Dormant surtout le jour, par petites séquences.
Qu’elle ait pris ce rythme n’a pas de conséquences
concernant son travail, Il est inexistant.

Son arrêt finira, mais pour le temps restant,
Elle vit comme si elle était en vacances,
décidant de l’ampleur comme de la fréquence
des moments de repos, ça lui est important ;

L’atmosphère nocturne apaise ses angoisses
en lui rendant possible, enfin, ce face-à-face
avec elle-même qu’elle a en écrivant.

Peu lui importe alors qu’il l’ait abandonnée,
Ecrire lui permet d’atteindre l’empyrée,
Un lieu qui d’habitude est fermé aux vivants.

 

Illustration : L’ascension de l’homme béni vers l’empyrée – le paradis céleste de Jérôme Bosch

Stampe by me (suite)

 

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Ses proches s’inquiètent de la voir aussi mal.
Ils l’appellent souvent pour proposer leur aide,
Or elle refuse chacun de leurs remèdes,
Même de partager un long séjour thermal.

Elle dit qu’être seule est pour elle optimal,
Qu’elle a juste besoin d’un petit intermède
Avec pour seul ami un jeune palmipède,
Un goéland marin, son fidèle animal ;

Elle l’a recueilli blessé sur sa terrasse
Après qu’il ait heurté violemment une glace.
Pendant plusieurs semaines elle en a pris grand soin.

Puis l’oiseau retrouva l’usage de ses ailes.
Il apprécie beaucoup sa vie originelle,
Mais revient lui parler tous les jours néanmoins.

Stampe by me (suite)

Parfois en pleine nuit, elle allait au volant
D’une Alfa Roméo dessinée par Bertone
Faire une virée sur la voie qui couronne
Une agglomération grande comme Milan.

Le doux rugissement de l’engin rutilant
Couvrait Led Zeppelin lorsque tel un cyclone
Il fendait l’atmosphère au milieu des colonnes
Qui soutenaient un pont parsemé de feux blanc.

Souvent elle a songé à jeter son bolide
Contre ses balustrades pour plonger dans le vide
Afin de se soustraire à ses longs jours amers.

Une fois de retour, assise à sa terrasse,
Un joint dans une main et dans l’autre une tasse,
Elle fermait les yeux et écoutait la mer.

Stampe by me (suite)

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Vincent van Gogh (1853-1890), Champ de blé aux corbeaux, détail

De renouvellements en renouvellements,
Son arrêt de travail attegnit une année.
C’est alors qu’un médecin eu la mauvaise idée
De la juger apte professionnellement.

C’était prématuré, incontestablement,
Car avant la récrée, déclamant la dictée,
Ses yeux furent inondés par de grandes marées ;
Les élèves assistaient à son effondrement.

Au centre hospitalier, craignant la récidive,
Le docteur prescrivit des dragées sédatives,
Et la fit surveiller partout où elle allait.

Elle tuait le temps la tête dans les livres,
Ne les abandonnant qu’afin de pouvoir suivre,
Derrières les vitres, des corbeaux, le ballet.

Stampe by me (suite)

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Edward Hopper, Morning Sun

Quand le pilote appris quelle destination
Il lui fallait rejoindre, il compris tout de suite
Qu’elle avait fait ce geste à cause de sa fuite,
Et il envisagea sa propre destruction.

Puis il se ravisa, mis les pales en action ;
Le moment n’était pas à blâmer sa conduite,
Les chances de survie, bien que très très réduites,
Etaient entre ses mains tremblantes d’émotions.

Sachant où se poser, l’ex-amant fut rapide.
Elle était au plus mal, sa chair était tépide,
Cinq minutes de plus et c’eût été trop tard.

Après les soins du corps suivirent ceux de l’âme.
Elle a tout essayé parmi leur grande gamme,
Mais aucun n’a mis fin à son profond cafard.

Stampe by me (suite 1)

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Avant de s’en aller, il a écrit « Adieu »
Sur la porte d’entrée, pour que ce sois visible.
Comme ce message lui était fort pénible,
Elle voulu rejoindre au plus vite les cieux.

Son couteau de poche coupant la chair au mieux,
C’est avec sa lame qu’elle se pris pour cible.
Elle entailla d’un coup, le plus profond possible
Ses veines de poignets d’un air consciencieux.

Atteignant le pallier, le sang fit une flaque
Qui excita bientôt l’odorat d’un vieux Braque.
Il traîna son maître sur les lieux illico.

Ce dernier fit venir les services d’urgence,
Elle ne le su pas, ayant perdu conscience,
Mais son ex-amoureux pilotait l’hélico.