Saint-Gingolph

 

Cette loutre, elle est nageuse,
Mais elle est surtout mangeuse ;
Les pêcheurs ne l’aiment pas,
Qui la disent ravageuse.*

Elle est aussi manageuse
De grenouilles tapageuses,
Qu’elle fait marcher au pas,
En zone marécageuse.

Si elles sont outrageuses,
En faisant les pataugeuses,
Elles risquent le trépas ;
Elle est en outre égorgeuse.

*Cochonfusius

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Inclusion, piège à cons

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J’étais en voiture hier au moment du journal d’information de 8 heures sur France Inter. Le premier sujet concernait l’autisme (les enfants gazés en Syrie sont passés après). La vieille c’était la présentation de ce qui aurait dut s’appeler le Quatrième plan autisme, vu qu’il succédait au troisième, mais le gouvernement lui a trouvé une appellation plus ronflante « Stratégie nationale pour l’autisme ». Pour introduire son sujet le journaliste a rappelé l’annonce de ce dispositif en précisant que l’inclusion scolaire en était une mesure phare et il a enchaîné sur une situation dans une école où des parents protestent contre la présence d’un enfant souffrant de ce handicap dans la classe de CE1 de leurs petits. Le journaliste qui est allé faire le reportage a eut quand même l’honnêteté de donner la parole à un de ces parents et de dire que l’enfant en question posait des problèmes qui perturbaient les apprentissages et la sécurité de ses camarades, évoquant des griffures, des tirages de cheveux, des cris et ce malgré la présence dans la classe d’une enseignant supplémentaire et d’une AVS, Assistante de Vie Scolaire, qui lui est totalement dévoué. La violence était si importante que la police et les pompiers ont même été amené à intervenir. La veille encore, sur France Inter toujours, devant la secrétaire d’état chargée des personnes handicapées, les intervieweurs s’étaient montrés d’une déférence totale vis à vis de leur invité, semblant avoir perdu tout esprit critique. Le ton était complaisant, voir compatissant, comme toujours quand il est question de ce sujet dans les médias, mais je crois que si l’on veut faire avancer la cause des personnes handicapées mentales, autistes ou pas, il serait peut-être temps de passer à autre chose, de mettre les pieds dans le plat quitte à risquer de passer pour un sale type qui n’a pas de coeur.

J’ai commencé à travailler auprès des personnes atteintes d’un handicap mental alors que j’avais moins de vingt ans, j’accompagnais des groupes d’adultes lors de séjours adaptés pendant les vacances. Ça ma plu et alors que mes études ne me menaient pas du tout à cela, j’en ai fais mon métier. J’exerce depuis trente ans dans ce domaine avec une expérience assez large puisque j’ai travaillé en service de soins à domicile et en établissement pour enfants, en IME exactement, Institut Médicaux Éducatif ainsi qu’en ESAT, Établissement Spécialisé d’Aide par le Travail, pour les adultes. J’ai beaucoup aimé travailler au début de ma carrière à domicile, je me sentais utile auprès des familles qui vivaient ce drame d’avoir un enfant qui souffrait d’un handicap mental plus ou moins lourd auquel était parfois associé des problèmes de santé majeurs, certains de ces enfants sont décédés très jeunes. Au début de mon activité, après un essai à l’école maternelle, la plupart des enfants étaient réorientés en IME mais au fil des années les choses ont changé et par conséquent ma pratique aussi, l’intégration scolaire étant devenu le maître mot depuis une loi votée en 2005. Outre les prises en charges précoces qui elles étaient maintenues sur le lieu de vie de l’enfant, je devais accompagner ceux que je suivais en âge d’être scolarisé au sein même de l’école et c’est là que j’ai commencé à me poser des questions sur la pertinence de cette volonté d’inclure en milieu scolaire. On leur demandait des choses impossibles pour eux, rester assis pendant des heures à regarder les autres faire des choses qui leurs étaient incompréhensibles. Déjà à l’époque existaient les AVS, elles se tenaient auprès de l’enfant, essayaient de le calmer quand il piquait une colère, de le rassoir quand il voulait aller jouer dans la cour, lui prenait la main pour tracer une lettre alors qu’ils n’en étaient même pas au stade du gribouillage… Bref, je voyais des enfants malheureux et qui perdaient leur temps. Je me sentais de plus en plus mal dans ce rôle. J’avais le sentiment de cautionner par ma présence dans l’école leur « intégration » et c’est ainsi qu’avec beaucoup de regrets par rapport à ce que m’a apporté ce travail au plus proche des familles, j’ai choisi d’aller travailler en IME.

Les IME ont été créé dans les années soixante sous l’impulsion de parents d’enfants handicapés, à défaut de pouvoir scolariser leurs enfants. C’était une grande avancée pour eux. Ils répondaient et répondent toujours à leurs besoins. Il ne faut pas croire qu’il n’y a pas de scolarisation en leur sein, les enfants y apprennent à lire et à compter et bien plus, si ils en ont les moyens intellectuels. Dans celui où je travaille par exemple, pour une soixantaine de jeunes, enfants et adolescents, il y quatre enseignants à temps plein mais nous avons aussi des paramédicaux (orthophonistes, psychomotriciens, une infirmière), un médecin psychiatre, des psychologues, et du personnel éducatif spécialisé et pour ce qui est de la socialisation, dès que c’est possible, nous organisons des activités avec les écoles, ils y font du sport, du chant et quand vient le temps de trouver un métier certains font des stage en entreprise, etc.. Bref, ils font des choses qui leur permettent de faire de réelles rencontres avec les enfants valides. Je crois qu’on ne peut pas faire mieux comme structure et pourtant la politique actuelle est de vouloir les réduire et à terme de les faire disparaitre au nom de cette sacro-sainte inclusion.

Ce qu’il manquait dans les paroles du parent interviewé, mais je comprend en même temps très bien que cette préoccupation soit secondaire par rapport à celle de la sécurité et de l’éducation de son propre enfant, c’est un mot pour l’enfant autiste, qu’il prenne aussi sa défense, parce que si il crie, si il arrache les cheveux des autres, si il griffe, si il fait des colères monstrueuses au point que les pompiers et la police sont obligés d’intervenir, c’est parce qu’il n’a pas d’autres moyens de dire qu’il se sent mal. Pour avoir connu de nombreux exemples de tels cas, je peux vous dire qu’une fois que la prise en charge est adaptée, ces comportements soit s’atténuent très largement ou disparaissent totalement et je pourrais poursuivre aussi sur tout ces cas de jeunes adolescents qu’on a maintenu coûte que coûte en milieu ordinaire et qui arrivent à l’IME cassés psychologiquement, avec un sentiment profond de ne rien valoir à force d’avoir été confronté toute leur enfance à l’échec, un sentiment qui les poursuit longtemps dans leur vie d’adulte et qui parfois ne les quitte jamais.

Le pourquoi de la violence de cet enfant autiste, c’est une question qui a été complètement éludée du reportage, pourtant un enfant aussi violent ça devrait interpeller ! Personne ne se pose la question de savoir si on ne le maltraite pas à le contraindre ainsi, n’est-il pas victime d’une forme de harcèlement, un harcèlement éducatif ? Il est là le scandale, c’est la violence de la société à son encontre. Mais non, rien à ce sujet, ce qu’il vit personne n’en a rien à faire. Il est en classe comme les autres enfants de son âge et c’est tout ce qui compte. C’est comme pour la modification de l’appellation du plan autisme, tout est une question d’image.