Manu militari

Hier soir je suis allé au théâtre voir Rhinocéros, la pièce d’Eugène Ionesco.

Pour résumer, très sommairement, une ville connait une épidémie très étrange, ses habitants perdent les uns après les autres leur humanité, ils deviennent des Rhinocéros. Ces animaux sont présentés ici comme des êtres violents, dépourvus de compassion. Certains résistent à la transformation, mais se laissent finalement entrainer par le mouvement, usant parfois d’arguments humanistes, ils expliquent par exemple qu’ils vont se faire rhinocéros dans le but de mieux les comprendre, d’avoir le même langage qu’eux et ainsi être en mesure de les convaincre de revenir à l’humanité. À la fin de la pièce, seul un personnage ne cède pas à la tentation et décide de se battre contre les mutants.

On a fêté l’anniversaire de l’appel du 18 juin avant-hier. À la fin d’une de ces célébrations, le président de la république est allé saluer des jeunes de l’assistance, dont un collégien qui a entonné l’Internationale à son passage avant de lui dire ; « j’déconne, ça va Manu ? », sur ce Manu le reprend séchement ;

« Non, ça tu ne peux pas…, Tu es là dans une cérémonie officielle, tu te comportes comme il faut. Tu peux faire l’imbécile, mais aujourd’hui c’est la Marseillaise et le Chant des partisans. Tu m’appelles Monsieur le président de la République, ou monsieur. D’accord ? »

Le jeune lui répond un peu contrit, «Oui, Monsieur le président».

Mais Manu en rajoute ;

« C’est bien. Et tu fais les choses dans le bon ordre. Le jour où tu veux faire la révolution, tu apprends d’abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même, d’accord ? Et à ce moment-là tu iras donner des leçons aux autres ».

S’ensuit une conversation sur l’utilité d’avoir une mention au brevet, le collégien expliquant qu’il avait déjà les points nécessaires pour avoir le diplôme et qu’il ne voyait pas l’intérêt d’en faire plus, Manu lui répond ;

« Il faut penser à la suite et ne pas se contenter de passer la barre, et être un exemple. Les gens que tu es venu honorer aujourd’hui, ils ne se sont pas contentés de la barre. Sinon ils se seraient restés comme beaucoup à l’époque chez eux. Ils se seraient dit pourquoi faire la guerre ? Il faut se demander vers quel idéal on veut aller. Chacun peut avoir le sien. »

Le chef de l’état fier de cet échange l’a diffusé sur twitter avec une recommandation, « regardez jusqu’au bout ».

 

 

Pourtant, le moins que l’on puisse dire, c’est que Manu n’y est pas à son avantage pour ce qui est de l’argumentation :

1 ) Il faudrait avoir un diplôme et être capable de se nourrir soi-même pour faire la révolution ?

C’est ignorer que bon nombre de résistants étaient eux-même de jeunes étudiants, dont Guy Môquet, un lycéen qui était à peine plus âgé que ce collégien, militant communiste, fusillé à 17 ans par la gestapo, devenu un des symboles de la résistance.

2 ) Les résistants l’auraient été (résistants) parce que c’était des « Winners », parce qu’ils ne se seraient pas contenté de « la barre » ?

Je ne crois pas qu’ils étaient porté par cet idéal, qui est par contre celui de notre golden boy de président. Ils étaient porté par autre chose, la liberté, une de leur maxime était « Vivre libre ou mourir » et non pas « Vivre riche ou mourir ».

En fait, ce collégien est à l’image de Beranger, le héro de Ionesco qui ne deviendra pas Rhinocéros. Beranger, c’est un gars un peu égaré dans la vie, un brin dépressif, tout l’inverse de son ami Jean, un homme sûr de lui, entreprenant et autoritaire, qui couvre de reproche Beranger pour son manque de volonté, comme le fait ici Manu vis-à-vis du collégien impertinent. Jean est aussi l’archétype du Rhinocéros, il est le premier personnage à se « Rhinocérofier ».

Oui, regardez jusqu’au bout, ça vous servira si un jour vous aller voir cette pièce et que vous êtes en retard, c’est le premier acte, celle ou l’on découvre la personnalité de Jean et de Beranger, celle ou le futur Rhinocéros fait la leçon au futur résistant pour son laisser aller.

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