1. Au commencement

Ça fait un moment que j’écris sur des blogs qui ne sont pas les miens pour laisser des faux commentaires, c’est à dire des commentaires qui ne commentent pas les articles du blog. Ce matin par exemple à 6h31 sur le site Thomas Vinau, j’ai laissé ce faux commentaire ;

« 6h31, je ne me donne pas l’autorisation de me lever. Je retourne me coucher. »

Il est ici ; http://etc-iste.blogspot.fr . En me recouchant, je me suis dit que ce commentaire c’était comme un cheveu sur la soupe. C’est comme ça que je me perçois trop souvent, comme un cheveu sur la soupe. J’en ai trouvé un hier de cheveu dans mon assiette, c’est peut-être pour ça que cette expression m’est venue. Ce cheveu dans mon assiette m’a interpellé. J’ai posé mes couverts et entre mes deux doigts je l’ai extrait de la nourriture. Je l’ai ensuite regardé sous toutes les coutures, pincé entre mon pouce et mon index. Que faisait-il là ? À qui appartenait-il ? Un cheveu sur la soupe c’est aussi quelque chose qui vient perturber le cour des choses. J’espère que ce blog sera pour ses lecteurs, à ce titre, un cheveu sur leur soupe, cheveu soyeux et propre à souhait bien entendu…

Je l’ouvre par des remerciements à Stéphane Chabrière ( http://schabrieres.wordpress.com ) et à Thomas Vinau ( lien ci-dessus) qui m’ont accueillis sur leur blog respectif et par cette citation que m’évoque ce que je viens d’écrire ;

« Celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience. »

René CHAR sera donc le premier poète cité ici. Ça tombe bien, c’est un de mes préférés. Il y en a d’autres que j’aime beaucoup. Mon dernier gros coup de cœur à été pour Achille CHAVÉE ;

Achille Chavée – Histoire simple (1952)

Maintenant je suis un grand animal blessé
dans la jungle du temps
et je m’avance comme un tigre vers Dieu
en déniant son existence

Nul ne croit à ma démarche
nul ne sait que je m’avance vers un gouffre
qui dépasse la croyance
que je m’avance vers moi-même

Là-bas une partie de poker continue
là-bas une femme enfante d’un monstre miroitant
et moi je m’avance vers moi-même
à la découverte d’une preuve éblouissante
J’ai découvert ce poète et un grand nombre d’autres sur le site Beauty will save the world. Le goût de son créateur rejoint le mien. Il arrive pourtant que j’y trouve des poèmes qui me laissent de glace. Le dernier en date était celui-là ;

http://schabrieres.wordpress.com/2014/07/01/marc-dangelo-le-pretre-philosophal/

Je le trouve alambiqué au possible. D’en parler, ça m’aura au moins permis d’utiliser ce mot « alambiqué » et de réaliser pourquoi il est utilisé dans ce genre de contexte, c’est que les alambiques sont des objets tortueux, compliqués. Tout n’est pas perdu, avec le temps et autre chose (car il ne faut pas simplement que le temps ai passé, c’est une condition certes nécessaire mais pas suffisante) la beauté peut se révéler. Cet « autre chose » demande à être préciser. Qu’est-ce qui nous rends sensible à la beauté ? J’ai l’impression de me trouver devant cette question comme devant une montagne à escalader si haute qu’on en verrait pas le sommet. Un élément de réponse peut-être avec ce très beau poème de Thomas Vinau ;

Thomas Vinau – Little Man (2009)

Nous sommes des êtres minuscules dans des forêts en feu
nous sommes des rêves sur le carreau
nous sommes des danses d’aubes jaunies et nos chemises
trop grandes nous tombent sur les bras
nous sommes des assassins
nous sommes des orphelins
des espoirs d’alcooliques
des lièvres épuisés
des petits renoncements
nous sommes des bêtes blessées
et seules les bêtes blessées connaissent la tendresse

Comme dans celui d’Achille Chavée (Histoire simple) ci-dessus, dont le titre n’est d’ailleurs pas sans évoquer celui de Thomas Vinau, il est question d’une comparaison entre l’auteur et un animal blessé. Le thème de la blessure me renvoie à un autre poète que j’affectionne c’est Saint Jean de La Croix, son cantique spirituel commence ainsi ;

Où t’es-tu caché, Ami,
me laissant gémissante ?
Comme le cerf tu as fui,
après m’avoir blessée.
Criant je t’ai suivi, tu étais parti !

C’est l’âme de Saint Jean de la Croix qui est blessée. Elle est blessée par Dieu, par l’amour diraient certains. Elle a de particulier cette blessure de ne pouvoir être soulagée que par ce qui l’a causée, une preuve éblouissante, la tendresse ou Dieu selon que l’on s’appelle Achille Chavée, Thomas VINAU, Juan de Yepes Álvarez (Jean de la Croix en religion). Et la question de départ, qu’est ce qui nous rends sensible à la beauté ? On éprouve la beauté un peu comme on éprouve l’amour, c’est une sensation très agréable. Il y a quelque chose entre les deux, un lien. Quand on cherche du beau, ce qu’on recherche c’est ce sentiment d’être aimé et donc d’aimer, l’un étant tributaire de l’autre. Peut-être la beauté engendre la beauté tout comme l’amour engendre l’amour ? Peut-être la beauté engendre l’amour tout comme l’amour engendre la beauté ?
Je m’y perds. C’est bien ce que je suis venu chercher.
Pour toute la beauté
Pour toute la beauté
jamais je ne me perdrai
sinon pour un je ne sais quoi
qui s’atteint d’aventure

la saveur d’un bien fini
le plus qu’elle puisse faire
c’est de fatiguer l’appétit
et de gâter le palais
aussi pour nulle douceur
jamais je ne me perdrai
sinon pour un ne sais quoi
qui se trouve d’aventure

Saint Jean de la Croix