ROCK ON !

 

rock-is-dead-epinette-10
Photo de Carole Epinette

Hier, je me promenais dans Sarlat, une petite ville trop touristique du Périgord (les rues étaient bondées et je passais plus de temps à essayer d’éviter les passants qui arrivaient en sens inverse qu’à regarder l’architecture, au demeurant magnifique, du lieu) quand il s’est mis à pleuvoir comme Mirabelle qui pisse. Je me suis alors empressé de trouver un abri, le premier porche venu fit l’affaire. Par chance, il s’agissait de l’entrée de l’exposition de photographie « ROCK is DEAD » de Carole EPINETTE, une photographe professionnelle qui consacre son art aux stars du rock depuis une vingtaine d’années. J’ai été troublé par son travail, les émotions ressenties pendant les concerts auxquels j’ai pu assister me sont revenues en pleine face.

Le rock et moi s’est une histoire d’amour qui dure depuis mes treize ans, époque à laquelle j’ai découvert le mouvement punk via des groupes comme The Clash et les Sex Pistols.

À la fin du concert, heu… lapsus !, de la visite de l’exposition, j’ai acheté le livre dans lequel on retrouve les clichés qui la compose pour l’offrir à un couple d’amis grands amateurs, eux aussi, de ce genre musical. Sans que j’en dise plus sur les destinataires du cadeau, l’auteur leur a fait cette dédicace ;

FullSizeRender-5
Puisse ce livre déposer quelques étoiles enflammées dans vos yeux. ROCK ON !

Je ne crois pas qu’on aurait pu formuler un voeu plus approprié pour eux, eux qui ont eu l’immense douleur de voir s’éteindre deux de leurs petites étoiles.

 

Publicités

Une fenêtre sur la cour

IMG_0710

Hier, je suis allé visiter les jardins de Marqueyssac dans le Périgord. L’entrée étant située au même niveau que la sortie, à peine ai-je pénétré dans le lieu que j’ai repéré le livre d’or du domaine. Je n’ai pas pu résister à la page blanche qui me tendait les bras et je me suis empressé de saisir le stylo pour y écrire quelque chose. Comme je n’avais encore rien visité, il m’était difficile de faire un commentaire alors j’y ai inscrit une citation de Georges Bataille qui me revient souvent en tête, « Ma rage d’aimer donne sur la mort comme une fenêtre sur la cour », elle est extraite de La somme athéologique. Pour la petite histoire, après la visite, alors que je m’apprêtais à y laisser un nouveau commentaire, un vrai cette fois, j’ai constaté avec un grand plaisir que le premier avait été annoté avec beaucoup d’humour, par un professeur sans doute, dommage qu’il n’ai pas eu d’encre rouge sous la main ;

FullSizeRender-4

Georges Bataille a été séminariste avant de retourner complètement sa soutane pour s’adonner à des pratiques occultes et fréquenter assidûment les lieux de perdition. Outre des essais, il a publié quelques romans, dont le plus célèbre est « L’histoire de l’oeil », un récit qui n’a rien à envier aux textes les plus obscènes et anticléricaux du marquis de Sade, il le dépasse même dans la transgression, c’est peu dire, et pourtant, comme en témoigne la citation ci-dessus, sa pensée est digne de celle des plus grands mystiques, tels Sainte Thérèse d’Avila ou Saint Jean de la Croix, qu’il admirait.

Cette phrase m’évoque une autre de René-Guy Cadou, qui lui est venue alors qu’il se savait condamné par un cancer, « Le temps qui m’est donné, que l’amour le prolonge ».

On a tous cet espoir que la mort nous offrira pour toujours la plénitude.

La semaine dernière, alors que j’étais auprès de ma mère, très affaiblie par la maladie, j’ai vu un sourire sur son visage endormi et je me suis mis à réver que bientôt, le plus tard possible, cette expression restera à jamais gravée sur ses lèvres.

Vjvtkd9NFfk0o_ACPXe9JTPhs_k
Le sourire de l’ange, Cathédrale de Reims

 

L’amour d’une mère

gustav-klimt-mere-a-l-enfant_a-g-8360909-0
Gustav Klimpt, Mère à l’enfant, détail.

Cette nuit, pendant un moment d’insomnie, j’ai pensé aux paroles d’une chanson d’un groupe de RAP que j’ai entendu recemment et que j’ai mis en lien ici,

Que Dieu nous pardonne pour nos crasses
Pour notre manque de compréhension
Envers l’Homme et sa putain d’race

Le groupe s’appelle PNL, il est composé de deux frères issus des Tarterêts, une cité emblématique des banlieues. Leur père est un ancien braqueur et l’un d’eux a été condamné à de la prison pour avoir fait du traffic de cannabis. Ils ont adopté les codes du RAP ; corps bodybuildé, chaine-en-or-qui-brille, lunettes de soleil,  verlan et langage grossier. À priori on ne s’attend pas à  les entendre chanter ce genre de textes qui s’apparente au début du Notre Père, « Notre père qui êtes au cieux pardonnez-nous nos offenses… ».

J’y ai pensé parce que j’éprouve parfois contre certaines personnes de l’animosité. Ça n’est pas gênant quand on a pas à vivre ensemble comme au travail ou dans une famille par exemple, on peu alors s’arranger pour changer de trottoir, sinon c’est beaucoup plus compliqué, cela constitue un handicap important pour mener à bien des projets, mais il y a surtout que c’est un sentiment très désagréable dont chacun aimerait se débarrasser, ça n’est pas si simple de le faire sinon l’harmonie régnerait sur la terre. Quel est la solution ?

Ma mère, qui est gravement malade, m’a dit l’autre jour qu’on ne devrait jamais dire du mal des gens, de qui que ce soit. Elle voulait dire par là que chacun était digne de respect de par sa nature profonde qui est la bonté. Certains vont penser que c’est de l’angélisme, moi je crois que c’est vrai. Ça ne veut pas dire que l’on doit se laisser écraser par les autres, ce serait manquer de respect envers soi-même, ça veut dire qu’il faut toujours considérer les autres avec de l’indulgence, la même indulgence que ces chanteurs ou ceux qui récitent le Notre-père attendent de Dieu. Mais voilà qui ne fait pas avancer le « Schmilbick », comment se débarrasser de sa haine ?

Je sais que je parviens à m’apaiser quand j’écris. Quand j’y suis parvenu, je m’avance de nouveau vers les autres avec allégresse, je me sens apte à tout leur pardonner.

Mais en quoi cela consiste-t’il « écrire » ?

Je dirais que je rentre à l’intérieur de moi, que je m’enfonce en moi jusqu’à ce que j’y trouve quelque chose de réconfortant comme l’amour d’une mère.

Panser la peine

michael_ancher_001
The sick girl, Michael Ancher

Cela fait quelque temps que je n’ai pas écrit occupé que j’étais à assister depuis une dizaine de jours, 24 heures sur 24, un de mes proches très gravement malade. J’ai juste pris une soirée et une journée de repos. J’ai décroché hier, une fois le relais passé à un autre accompagnant.

Ce qui a été le plus usant c’est l’impact psychologique. J’étais auprès de cette personne quand au milieu de la semaine dernière les médecins lui ont appris une rechute de son cancer et pourtant cela a créé un tel boulversement que j’ai l’impression que cela fait au moins un mois.

Elle ne s’attendait pas à cette annonce, vu les informations très rassurantes que lui avait donné le corps médical ces dernières semaines sur son état de santé. Plus dur est la chute. Je crois que c’est cela qui a été le plus éprouvant finalement, la « gestion » du choc psychologique et pas le temps passé à s’occuper des tâches quotidiennes, des tâches administratives pour obtenir des aides à domicile, l’aménagement de sa maison pour qu’elle puisse y rester selon son voeu le plus longtemps possible, etc.., etc.. .

Pour ma part, j’ai aussi été secoué par le diagnostic plus qu’alarmant fait par le radiologue suite au scanner mais je n’ai pas été étonné, je trouvais que depuis l’annonce de sa maladie, il y a une dizaine de mois, son état de santé se dégradait malgré les soins dont elle bénéficiait, chirurgie d’abord puis chimiothérapie. Je prenais avec beaucoup de réserves les comptes rendus qu’elle me faisait de ses visites chez les médecins. Elle, en tous les cas croyait à la rémission qu’on lui laissait entrevoir.

J’en veux à l’environnement médical pour le fait qu’il ne l’ai pas suffisamment préparé à cela, pourtant certains symptômes auraient dus les inciter à le faire, mais selon lui tout allait bien, on pouvait désormais s’intéresser à des choses annexes, tel l’état de sa vaccination… Mais bon, l’heure n’était pas à la polémique, elle ne l’est toujours pas, l’heure est à l’accompagnement.

Mais quand même, je ne peux pas m’empêcher de déplorer le peu de cas qui a été fait de la dimension psychologique, j’ai pu le constater lors de mes rencontres avec les médecins. Les soignants, n’ont pas le temps, ou ne prennent pas le temps de prendre en compte cet aspect de la maladie, car c’en est un, à part entière, chacun sait combien le psychologique impact sur le somatique. Je me demande même si ça n’est pas pour gagner du temps qu’ils ont enjolivé le tableau noir, quand on dit que tout va bien à quelqu’un il n’a pas de raison de s’inquiéter, de poser des questions, de fondre en larmes devant soi, on a pas besoin panser sa peine de son écoute, et ainsi on peut continuer à essayer de faire désemplir la salle d’attente.

Je sais que ce cas ne les reflète pas tous, fort heureusement, mais on constate globalement une dégradation de notre système de santé, la conséquence des restrictions budgétaires.

Pour être malade de nos jours, mieux vaut être en bonne santé.