Ave Maria

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Alfred Courmes, L’Annonciation ( 1898-1993 )

En allant rencontrer Joseph, son fiancé,
Un pneu du coupé Mercedes de Marie, crève.
A cette heure personne n’empreinte la drève
Du coup nul ne peut l’aider à le remplacer.

Un garagiste consent à se déplacer,
Malheureusement l’attente est loin d’être brève ;
Les routiers dans le cadre d’une énième grève
Mènent une grande opération gallinacé.

Le dépanneur aperçoit enfin sa cliente,
Elle l’attend dans sa tenue affriolante,
Allongée langoureusement sur un talus.

Il lui offre des lys, ému par tant de grâce,
Elle découvre un sein en susurrant « Embrasse ! »,
Neuf mois plus tard est né un petit Jésus.

Mirabelle fait une B.A.

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Courmes Alfred, 45% de B.A. (Saint-Sébastien) 1961

 

Pendu par les bras au poteau d’exécution,
Les poignets cisaillées par une cordelette,
Son corps perforé par plusieurs flèches à ailette,
Un jeune homme est en très mauvaise position.

Une fillette avide de bonnes actions,
Devant le garçon geignant « à l’aide », s’arrête,
Arrache à ses muscles les saillantes baguettes,
Lentement, prenant les plus grandes précautions.

Elle voudrait maintenant rompre ses attaches,
Debout sur Mirabelle, elle effectue la tâche.
Le blessé s’écroule sur le dos du bovin.

L’enfant voit sur la bête le sang se répandre.
L’équipage part à la ferme sans attendre,
En espérant qu’il ne se presse pas en vain.

 

Faites moi cygne

Faites-moi-cygne
Clovis Trouille, Faites-moi cygne, 1959

Une sorcière ligotte une femme-enfant
Après une interminable course-poursuite.
Dans un antre au fond des bois la pauvre est conduite
Traînée par la tueuse au regard triomphant.

D’impatience son estomac vide piaffant,
Elle s’en va remplir son chaudron tout de suite.
Ce faisant elle y décèle une grosse fuite.
Le jetant de rage, un peu plus elle le fend.

Pendant qu’elle essaie de réparer sa gamelle,
L’autre défait ses ficelles et se fait la belle,
Prenant le parti de fuir par le littoral.

Surprise par la marée, elle appelle à l’aide,
Un majestueux et généreux palmipède
S’empresse de soutenir son corps sculptural.

Pour l’amour des dieux

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Minerva and the Muses, by Hans Rottenhammer, painted 1603

Peu m’importe la manière d’y parvenir,
Je n’ai de cesse que d’étouffer ma souffrance,
La poésie est pour moi une délivrance,
Je la cherche dès que je sent le mal venir.

De mon premier coup de coeur j’ai le souvenir ;
Un texte d’Hugo appris pendant mon enfance,
Il y évoque sa très prochaine partance,
Vers la tombe de sa fille qu’il va fleurir.

Bien souvent il me faut la composer moi-même,
Pour éprouver la douce impression que l’on m’aime,
L’amour étant le sentiment qui vient avec.

Il ne faut pas croire que nul ne m’affectionne,
Je ne cherche pas l’attention d’une personne,
Les neufs muses sont des déesses pour les grecs.

 

Ami à demi

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« Vous avez plus d’amis que vous ne le pensez »,
Facebook m’envoie souvent ce message stupide,
Voilà de quoi sont capables les gens cupides ;
Tromper dans le but de nous faire dépenser.

Ce réseau social ne peut pas les recenser :
Primo ; je ne crois pas qu’il soit extralucide
Secundo ; l’amitié, quel critère en décide ?
De celui qui est le mien, qu’est ce qu’il en sait ?

Je suis convaincu que nous n’avons pas le même,
Avec lui on devient intime sans problème,
Il suffit juste d’appuyer sur sa souris.

Pour ma part se lier n’est pas aussi facile,
Qui plus est c’est quelque chose d’assez fragile,
« Avoir beaucoup d’amis c’est n’avoir pas d’amis »*.

*Aristote