Michel Jaouen

Michel-Jaouen
 Michel Jaouen au centre et Zykton à droite qui a pris sa suite.

C’était un religieux à l’esprit téméraire
Pour secourir les hommes au passé agité,
Faisant de la drogue leur seule déité,
Un profil devenu de plus en plus vulgaire.

Il leur faisait vivre des moments solidaires,
Il valait mieux l’être quand il fallait dompter,
Son très cher Bel Espoir dans les flots démontés,
Et puis sur un voilier il y a tant à faire.

Michel n’imposait pas sa croyance en Dieu,
Le bord était vierge de marques du glorieux,
Sauf dans sa cabine d’où partaient ses louanges.

Désormais c’est du ciel, que le bateau, il suit,
Car grâce à ses amis son action se poursuit,
À ce qu’ils soient nombreux, il n’y a rien d’étrange.

 

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Aucun regret

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freestgeorges.blogspot.fr

Elle s’est enduite d’un baume anti-solaire
Qui chasse également les culex voletants
Tout on long du ruisseau qui dévale en chantant
Le flanc de la montagne où repose sa mère.

Quand elle lui fit part de son cancer, tremblèrent
Toutes ses fondations, si solides pourtant,
Du moins le croyait-elle à presque quarante ans.
Elle était secouée et quelque peu amère ;

On l’avait prévenue qu’à fumer à ce point,
Un jour apparaitrait sur ses poumons des points,
Mais ça ne semblait pas atteindre ses oreilles.

Enfin devant sa tombe, elle tait tous ses sons,
Car elle croit entendre une douce chanson,
Fredonnée de sa voix à nulle autre pareille.

Églantine

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Il passa sa vie enfantine,
Dans une ferme Ouessantine.
Une romance, il y vécu,
Avec sa voisine Églantine.

Bien après, devant la cantine
D’une citée estudiantine,
Alors qu’il mendiait des écus,
Il reconnait l’ex-Valentine.

Elle est au bras d’une Argentine
Qui n’a rien d’une couventine ;
Sur son bras, LGBTQ,
On lit, en lettres byzantines.

Le couple de laborantines
Lui donnent de la galantine
Enroulée dans du papier-cul,
Ainsi que quelques clémentines.

 

La mort miséricordieuse

Aujourd’hui, un de mes petits « patients » a réussit à faire une trentaine de mètres à bicyclette. Je ne dis pas « vélo » parce que ça inclu les tricycles et apprendre à faire du tricycle est assez aisé, dans la plupart des cas. Pour un de mes suivis ça a été quand même un peu compliqué.

L’enfant était autiste profond, pas de langage, et très peu d’autonomie, il fallait par exemple lui donner à manger, mais elle marchait et à partir de là je me suis dit qu’il fallait essayer quelque chose. Là, pas question de tenter la bicyclette, elle acceptait à peine de se mettre assise sur le tricycle et je devais lui positionner les pieds sur les pédales sans quoi elle les posait sur le sol sans chercher à avancer ni reculer. Elle ne faisait que de me regarder avec un grand sourire et en poussant de temps en temps des petits cris. Qui plus est, quand je posais ses pieds sur les pédales, elle les enlevait dans la seconde d’après. J’ai pensé laisser tomber et puis j’ai eu une idée. Je me suis dis que si ses pieds étaient fixés sur les pédales peut-être elle appuierait dessus et découvrirait que ce faisant elle avançait. Alors, avec des rubans que j’ai trouvé dans l’armoire de la salle de psychomotricité, j’ai lié les pieds à la pédale. Je l’ai fait avec un peu de gêne, ça m’a fait bizarre de faire en sorte d’entraver ses mouvements, mon travaille consiste au contraire a libérer les autres, leur corps, et j’espère aussi leur esprit. J’oubliais, un peu avant j’ai gonflé les pneus à la pression maximale et j’ai débarrassé ma salle car je voulais la faire évoluer sur un sol lisse, ici du parquet, de manière à ce qu’il offre le moins de résistance possible au roulement. Je voulais que le moindre appui sur la pédale provoque un mouvement du vélo. Si les pneus avaient été moins gonflés ou si le sol avait été rugueux, cela eut été moins efficace. Ensuite j’ai attendu, mais rien ne se passait, elle me regardait toujours avec son grand sourire. C’est quand je me suis mis devant le vélo et que l’ai incitée à venir vers moi qu’il s’est passé quelque chose. Je faisais tout pour l’attirer à moi, je l’appelais avec un grand renfort de gestes, « Allez viens Mathilde, viens Mathilde* ! ». Ça a fonctionné, elle a tenté de marcher vers moi mais comme ses pieds étaient solidaires des pédales, la force qu’elle a utilisée, au lieu de faire avancer ses pieds vers l’avant a entraîné les pédales et ainsi a fait avancer le vélo de quelques centimètres. J’ai commencé à y croire. Au bout de quelques séances elle est parvenu à venir jusqu’à moi, par à-coups. Le pédalier ne faisait jamais un tour complet. Elle faisait descendre la pédale droite jusqu’au point le plus bas et en appuyant sur la gauche vers l’arrière, la faisait remonter et ainsi de suite. Je passe un peu les détails suivants de l’apprentissage, mais finalement j’ai réussis à lui apprendre à pédaler. Il n’y avait plus besoin de fixations, Mathilde montait sur le vélo toute seule et pédalait avec plaisir. Quand elle arrivait dans ma salle c’était la première chose qu’elle faisait que de monter sur le vélo. Maintenant elle fait des ballades en vélo avec sa famille.

Pour l’enfant dont je voulais parler aujourd’hui, avant cette digression, j’ai fais le pari de la bicyclette d’emblée. Ça fait un peu plus d’un an qu’on travaille cet apprentissage. Il y a encore un mois, j’ai pensé que c’était vain et aujourd’hui il a donc fait quelques dizaines de mètres tout seul. C’est toujours émouvant pour moi quand un de mes apprentis parvient à tenir en équilibre sur deux roues et à pédaler. C’est un peu de liberté gagnée que de pouvoir se déplacer ainsi. Lui non plus ne parle pas et a un niveau de développement très bas malgré ses presque dix ans. Pour vous donner une idée, son jeu préféré depuis des années quand il est à l’extérieur, c’est de ramasser les feuilles mortes ou des bouts de bois ou des vieux papiers et de les faire bouger devant ses yeux et ensuite de les jeter dans une bouche d’égout. C’est un enfant qui a le crâne un peu aplati à l’arrière. Aujourd’hui en le voyant de dos, j’ai pensé à cette photo de propagande nazi

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Photographie de propagande de 1934 avec la légende « ce malade mental coûte annuellement 2 000 marks à l’État ».

et je me suis dis que si on vivait pendant la seconde guerre mondiale en Allemagne, on l’aurait peut-être gazé comme l’ont été beaucoup d’handicapés mentaux et de malades mentaux (300 000)  parce que comme on peut le lire sur cette affiche, ces personnes étaient une charge pour l’état, et cette idée ne me plait pas. J’ai peur que ça revienne. Je me dis que c’est possible. Je me dis que plus ça va, que plus ça va pas, plutôt, plus c’est possible. Je me dis que lorsque de nouveau on ôtera toute valeur aux personnes incapables de subvenir à leurs besoins alors lui et beaucoup d’autres seront en danger et ce jour n’est peut-être pas si loin que ça. Voyez aujourd’hui même, le président des États-unis a déclaré que certains migrants doivent être renvoyés parce « Ce ne sont pas des hommes, ce sont des animaux. ». Il est allé plus loin que ces théoriciens allemands qui dans les années 1920 octroyaient quand même une semi-humanité aux malades mentaux, les appelants des « semi-humains ».**

Je me suis demandé pourquoi il comptait cet enfant, autant que les autres, ceux qui au même âge dévorent Harry Potter et qui seront sans doute capable de gagner leur vie, alors que lui joue à mettre tout ce qu’il trouve dans des bouches d’égouts et qu’il est possible qu’il le fasse jusqu’à la fin de ses jours. Je n’ai pas trouvé de réponses mais je me dis que j’ai cette chance que n’a pas Donald Trump et que n’avait pas Hitler d’éprouver de la compassion pour eux.

J’ai pensé aussi cette après-midi que j’aimerais bien écrire un livre sur les handicapés mentaux, notez que je ne parle pas de personnes « différentes » comme on dit pudiquement maintenant. J’ai horreur de ce terme. Il me fait froid dans le dos. J’ai du mal à expliquer pourquoi. Tous les humains sont différents entre-eux, on est tous unique, eux le sont aussi. Quand Donald Trump dit que les migrants ne sont pas des hommes mais des animaux, là le terme « différent » est approprié, les animaux sont différents des hommes, voilà pourquoi ce qualificatif me fait vomir. J’en reviens au livre, dedans il y aurait une large place à ce que les nazis ont appelé l’Aktion T4, le plan d’extermination de ces personnes, je me dis que comme cela, peut-être qu’en connaissant cette histoire, on serait plus en mesure de prévenir un retour du passé, on serait capable d’en discerner les signes avant coureur.

Mais j’y pense, quelque chose devrait déjà nous alerter à l’heure où l’on cherche à réduire les dépenses publiques, à l’heure où le financement de la prise en charge des personnes dépendantes, notamment les personnes âgées, pose problème, se font de plus en plus entendre les tenants de l’euthanasie et du suicide assisté***, or la justification officielle pour exterminer ces personnes incapables financièrement de  s’assumer était entre 1940 et 1941 en Allemagne, non pas le coût de leur prise en charge par l’état, mais la compassion, les nazis avaient appelé ce type d’assassinat « gnadentod » que l’on traduit par « mort par compassion » ou « mort clémente » ou encore « mort miséricordieuse ».

*Prénom d’emprunt

**https://france-renaissance.org/wp-content/uploads/2015/03/Euthanazis.pdf

*** »Deux films pro-euthanasie sont symboliques de cette « compassion » mise en avant par le régime nazi. Leben Ohne Hoffnung (Une vie sans espoir), sorti en 1939, s’achève sur ces mots : « N’est-ce  pas  l’exigence  de  la  charité   :  délivre  ceux  que  tu  ne  peux  guérir  ! ». Mais le plus abouti est Ich  klage  an  ! (J’accuse). Réalisé en 1941, il met en scène une mère de famille allemande, Hanna Heyt, atteinte de la sclérose en plaques. Elle affirme clairement qu’elle ne veut pas passer ses derniers jours dans un état végétatif. Thomas, son mari, en accord avec son médecin, lui administre une dose mortelle. Poursuivi en justice, il accuse la loi de ne pas avoir pu secourir sa femme dans ses souffrances. La défense conclut que la loi doit être modifiée afin de permettre le meurtre par compassion lorsque des motifs humanitaires le justifient. »

On peut retrouvé cet extrait grâce au lien ci-dessus.

 

Boire ou se nourrir il faut choisir

 

alcool
A la Mie, tableau de Henri de Toulouse-Lautrec, Détail.

Il a tellement feignanté
Que devenu désargenté,
Il fut obligé d’être sobre
Pour garder de quoi s’alimenter.

Comme c’est bon pour sa santé,
Les membres de sa parenté,
Ne lui ont pas jeté l’opprobre
Mais l’ont plutôt complimenté,

Hormis sa mie qui l’a planté,
Pour un type au doigt diamanté.
Le moral stagnant sur Octobre,
D’opter pour le Gin l’a tenté.