Je dois mourir

Je dois mourir je le sais
pour que la terre continue
sa petite marche tranquille
dans le jour et la nuit

Pour que ma voix s’incruste
comme un lichen en vos mémoires
avec les griffes de mes rires
et les mains liée de mes larmes

Je dois mourir pour renaître
chaque matin à la rosée
quand le ciel dans les yeux des bêtes
semble venir se reposer

Je dois partir
avant la tentation d’être un autre
avant d’être châtré par les mains de la gloire
je dois mourir pour être moi

O les étoiles de ma nuit
flamboyantes parmi les torches
c’est mon cortège qu’on emmène
sous les oliviers bleus du ciel
c’est ma jeunesse qu’on emporte
avec des cordes et des poulies
vers cet horizon dur sans porte
où je puisse accrocher mes doigts !

Dites quand tout sera terminé
pensez quelquefois à cet amour qui m’étouffait
Et s’il m’arrivait une lettre
venez vite me l’apporter
Je l’ai attendue toute ma vie.

Marc Alyn, in Liberté de voir, ed. Terre de Feu

ou à écrire

« Aimer la littérature, c’est être persuadé qu’il y a une phrase écrite qui nous re-donnera le goût de vivre. »

Citation de Georges Perros

« Aimer la littérature, c’est être persuadé qu’il y a une phrase écrite ou à écrire qui nous re-donnera le goût de vivre. »

Citation de Georges Perros agrémentée d’une réflexion personnelle.

Marc Alyn et André Laude

Vous connaissez maintenant le grand intérêt que je porte à André Laude. Dans la lancée de l’émission de radio que j’ai faite le concernant, j’ai contacté Marc Alyn. Il l’avait connu à ses tous débuts poétiques et avait préfacé son premier  recueil et je lui ai demandé ce qu’il pouvait me dire de lui. Voilà sa réponse par écrit ne pouvant s’exprimer aisément verbalement du fait d’une opération au larynx ;

J’ai regretté de n’avoir pu vous parler de vive voix lors de votre appel. Il m’est agréable d’apprendre que vous consacrez une émission radio au poète André Laude qui fut et reste mon ami. Il était né en 1936 et moi l’année suivante, tous deux au mois de mars sous le signe singulièrement poétique des Poissons. Je venais, en 1954, de publier deux plaquettes inaugurales : Rien que vivre aux Cahiers de Rochefort et Demain l’amour dans la collection  » Le Véhicule » créée pour la circonstance par l’Avignonnais Jean Breton, fondateur de la revue « Les Hommes sans épaules ». J’étais encore à Reims, ma ville natale. Je note à ce sujet dans mes mémoires à paraître: « Un poète d’Aulnay-sous-Bois, André Laude, trop démuni pour prendre le train, fit de l’auto-stop pour me rejoindre à Reims. Nous partagions la même confiance émerveillée quant aux pouvoirs magiques du Poème, seul capable d’élargir nos vies aux dimensions de l’univers. Solaires et solidaires, nous tenions l’écriture pour un destin. »
Nous étions tous deux à l’âge du feu, d’où le titre de la revue que nous fondâmes alors:Terre de feu, où paraîtra l’année suivante le manifeste Défense de la Poésie, que je signai avec Pierre Garnier et Jean Bouhier : nous nous opposions avec vigueur à la « poésie nationale » (réalisme socialiste) prônée par Aragon et le Guillevic des Sonnets. Le premier titre de la collection Poussière de soleil, que je créai en marge de la revue, fut La Couleur végétale d’André Laude que je préfaçai.
André revint souvent à Reims, d’où quelques soirées évoquées dans les mémoires: » Au comptoir d’un bistrot de la place d’Erlon fréquenté par des paroissiennes qui n’avaient pas la langue dans leur poche, nous trompions le spirituel avec des muses inquiétantes telles celles que peignit Giorgio de Chirico. Il nous était malaisé de séparer le poétique de l’érotique, rêvant avec Baudelaire de géantes ou de nanas de poche, puis de magesses ou de druidesses pêchées dans les viviers du patriarche Hugo. Et nous levions nos chopes de bière brune à la santé de ces vestales dissimulées – espérions-nous – dans les plis d’un futur proche. »

D’un point de vue matériel, nous étions aussi démunis l’un que l’autre, réduits à de petits boulots mal rémunérés, d’où notre état d’esprit: la révolte corrigée par la volupté d’être. La poésie, qui nous occupait à plein temps, devait forcément se confondre, d’une manière ou d’une autre, avec notre existence quotidienne. Le Prix Max Jacob, qui me fut attribué pour Le Temps des autres (Seghers) le 18 mars 1957, jour de mon vingtième anniversaire, m’ouvrit quelques pistes côté presse et éditeurs; André dut s’inventer d’autres chemins du côté des milieux libertaires sans cesser de produire d’étincelants recueils comme Dans ces ruines campe un homme blanc (1969) ou Un Temps à s’ouvrir les veines (1979).
Ecorché vif, voyageur traqué en quête d’un amour fou qui obstinément se dérobait, André fut l’éternel insurgé aux confins du réel et du rêve. Il y avait en lui un côté Antigone refusant les promesses du bonheur tant que d’autres, ailleurs, souffraient et mouraient. Nos trajets ne se recoupaient plus que par hasard, de loin en loin. J’étais à Uzès ou en Orient, tandis qu’il parcourait le monde, du Maghreb à Cuba, hors des sentiers battus et des idées reçues, toujours « entre le vide et l’illumination ». En même temps, je devinai que sa destinée, en proie à trop de désordre, virait peu à peu au cauchemar. Il était, hélas, de plus en plus seul en sa nuit  » noire et blanche  » telle celle de Nerval. Sa mort prématurée et foudroyante aurait fait de lui un personnage légendaire en des temps plus sensibles à la poésie.
Son oeuvre trouvera, je l’espère, un à un les lecteurs qu’elle mérite et qui, quelque part, lui ressemblent. La vie d’André Laude fut un désert sublimé de rares points d’eau. Son image, inoubliable, demeurera marquée au fer rouge de l’absolu, ainsi que la blessure au flanc du Minotaure.

Le fils des Rois

Je suis un peu absent de mon blog depuis quelques temps mais c’est pour la bonne cause, pour la même bonne cause que j’ai créé Comme un cheveu d’ailleurs, la poésie. L’envie m’a pris de faire parler d’elle à travers la radio aussi je compose des émissions qui sont diffusées localement, dans le Pays de Retz. Pour ceux qui ne captent pas Jade Fm avec l’antenne de leur poste de radio, on peut écouter « L’amour des livres » via internet le mardi à 15 h ou le dimanche à 10 h 30 et 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 sur la chaîne You Tube que j’ai créée cette semaine.  Seules trois émissions sont en ligne à ce jour, je vais y adjoindre bientôt les autres. La chaine en question porte le même nom que mon émission. Je débute. J’entend toutes mes insuffisances mais bon, on y entend aussi de beaux poèmes…

Aujourd’hui c’est André Laude. Pourquoi lui ? Parce que c’est le fils des Rois.

Dernier poème retrouvé près de son cadavre.

Ne comptez pas sur moi
je ne reviendrai jamais
je siège déjà là-haut
parmi les Elus
Près des astres froids

Ce que je quitte n’a pas de nom
Ce qui m’attend n’en a pas non plus
Du sombre au sombre j’ai fait
un chemin de pèlerin

Je m’éloigne totalement sans voix
Le vécu mille et une fois m’a brisé, vaincu.
Moi le fils des Rois.

Prosper DIVAY

Je viens d’apprendre la mort de Prosper Divay, un poète dont j’ai fais la rencontre il y à trois ans, il avait alors 92 ans. J’avais écrit un article pour l’occasion. Je le republie aujourd’hui, ma manière de lui rendre hommage. J’espère dans ma vie faire encore beaucoup de rencontres aussi belles. Toute mon amitié à Guillaume.

Comme un cheveu

Prosper DIVAY Prosper DIVAY

pour que nous frôle la beauté de vivre
il suffit d’être attentif
à ce qui ne déborde pas du jardin
petits bruits odeurs d’herbe
merle qui joue
avec l’œil du chat
comme avec le feu

venu de loin le vent
replie l’ailleurs sur l’ici
dans une même transparence
qui dure sans trembler
comme l’eau dans le verre

à ceux qui passent
un salut silencieux
et merci de ne rien emporter

***

Jean-François Mathé (né en 1950) – Le temps par moments (1999)

Encore un poème qui tombe à pic comme l’homme d’une ancienne série Tv. Hier, je me suis rendu chez un de ces poètes qui trouvent la beauté où on ne l’attends pas toujours. Là, c’était chez son voisin paysan qui n’avait plus qu’une vache et qui a été contraint de la faire abattre étant devenue douloureuse à force d’être veille. En une dizaine de clichés, quelques…

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Avec sa gueule de métèque

 

Avec ma gueule de métèque
Ma ganache de nègre errant
Toujours aussi réfractaire à vouloir rentrer dans le rang
Avec vous je serai franc, franc au possible
Dans l’rang impossible votre morale au crible
Qu’on me déleste de mon ego
Ça me rend psycho, j’sors les crocs

Ça me rend psycho dans mon flow et là il y a plus d’idéaux
Et donc je deviens accro à la suffisance, la violence
Et là pour vous brave gens, ah c’en est trop
Avec ma gueule de métèque mon œil de prédateur
En phase avec son temps, j’ai poussé sans tuteur
Poussé comme une mauvaise herbe
Comme un môme Croate ou Serbe
Qu’on me dit que mon attitude fout la gerbe
C’est la merde, c’est la merde

Avec ma gueule de métèque rafistolée qui s’est bastonné
A qui on a pris tout volé si peu donné
J’ai pris des branlées par un père déserteur
Au point d’espérer qu’en enfer il y ait du bonheur
La perception atrophiée
Et c’est pas votre moralité qui m’a habillé
Parce qu’anormal est l’isolement dans lequel j’ai pu nager
Dans lequel on m’a plongé
Auquel personne n’a jamais voulu rien changer
Avec ma gueule de métèque abreuvé par la passion
Mon sacerdoce est ma mission et si récompense il y a
Mon cœur me guide au trépas
Rien n’est acquis je l’ai toujours dit
Ça m’inquiète pas

Avec mon air aigri amer, galbé comme un fil de fer
Affûté pour la guerre j’roule pour la maison mère
Avec ma gueule j’fais bellek
J’ai pas une ganache de dieu grec
Il est possible qu’on m’arrête ou par erreur qu’on m’affrète
Avec ma bouche qui a trop bu mon air obtus qui pue la rue
Cette façon d’être à l’affut et en même temps d’être à la rue
Avec mes yeux tout délavés qui me donnent l’air de rêver
Avec mes rêves de délinquant
Mes coups d’sang incessants
Avec ma gueule de métèque
Héritière dune souffrance lointaine
J’veux pas finir en victime ni même finir à Fresnes
Avec son visage ses yeux verts
Tout me rapproche de ma mère
Tout m’éloigne de mon père grâce à qui j’ai ce goût amer