Naïla (2)

Elle a couvert sa tête avec un foulard noir,
Naïla, qui s’appelait jusqu’alors Ophélie,
Bien que ses chers parents y voit une folie,
Et que dans leur estime, elle se sent déchoir.

Mais elle ne veut rien, la convertie, savoir,
Même après avoir lu plusieurs Philocalies,
Dont celle d’Origène, elle, à allah, s’allie :
Trois prières en journée ainsi que deux le soir.

Son amour lui inspire un flot de vers sublimes,
De la forme ou du fond aucun des deux ne prime,
Elle les veut parfaits car ils lui sont offerts.

Il éprouve pour elle une semblable flamme,
Les amoureux ne font qu’une seule et même âme,
S’il vient à s’absenter elle connait l’enfer.

Sois toi-même

J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires ; je ne m’excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. Je n’échangerais ma place contre aucune autre, parce qu’être Virginie Despentes me semble être une affaire plus intéressante à mener que n’importe quelle autre affaire.

Virginie Despentes, King Kong Théorie, 2006

Le fils prodigue

Wikipédia

Pour la garder, en vain il a fait moult dépenses,
Lui reste seulement, pour pleurer, ses deux yeux,
Cela fait dix-huit mois, que son toit, c’est les cieux,
(S’il boit et qu’ils sont clairs, la petite ourse y danse).

Aujourd’hui il rejoint sa demeure d’enfance,
Dans l’espoir d’un pardon de la part de son vieux,
Pour être demeuré lointain et silencieux
Depuis presque dix ans qu’il a quitté la France.

Il n’a pas prévenu qu’il allait revenir,
Pas plus qu’il est ruiné et qu’est partie en douce,
Celle qui aurait dut, sa femme, devenir.

Le vagabond en pleurs, la porte d’entrée pousse,
Quand son père le voit, son cœur a des secousses
D’émotion, puis de battre, en vient à s’abstenir.

Romance hospitalière

Sûr que son patient vit son ultime saison,
Le psychiatre face à son équipe s’alarme :
« Il est vide d’émois, ni sourires, ni larmes,
Et d’un mot, nous scrutons, en vain, la floraison ! ».

Sont prescrits des cachets (pour lui c’est du poison)
Sensés changer sa vie, lui redonner du charme,
Qu’ils feint d’ingurgiter avant de cracher l’arme
Chimique ensalivée au pied d’une cloison.

Tous ses après-midis se passent en flâneries
Dans les allées du parc jusqu’à la sonnerie
Annonçant le dîner, un moment fort précieux ;

Son esprit peut errer par-delà les pelouses
Et produire des vers qu’il glisse dans la blouse
D’une tendre infirmière au sourire gracieux.

L’abbé flutiste et la choriste

Pour ne pas succomber, il fait feu de tout bois.
Si quand elle l’aborde, il fuit à tire d’aile,
C’est que l’abbé flutiste est fou amoureux d’elle
Mais qu’il veut obéir, de l’église, à la loi.

Il fit sa connaissance en entendant sa voix,
Un jour où l’on chantait à la bonne nouvelle.
C’était une profane au milieu des fidèles
Puisqu’elle découvrait le diocèse de Blois.

Il chercha le regard de la jeune personne
Dont l’organe vocal fit que son cœur ronronne
(Tout émoi retentit sur le plan corporel).

Depuis qu’il l’a trouvé, elle hante son domaine,
Il croit la voir partout où ses yeux se promènent,
Tandis qu’elle ne vit que pour son ménestrel.