292. Le mariage d’Esther Ling

image

Sous un sapin de Chine, Esther Ling est pensive
Elle s’unit avec la femme de sa vie
Sentiment mêlé de joie et de nostalgie
Ses parents sont absents, ils sont sur l’autre rive

Ça fait longtemps déjà, mais la douleur est vive
Reste son enfant, son amante et ses amis
Ses aïeuls ont été tués par les nazis
Pour la raison qu’ils étaient de confession juive

Pour soigner ses blessures, elle se voue à l’art
Sa musique est douce, ses poèmes sans fards
D’un horizon ténébreux, ils sont l’arc-en-ciel

Dans quelques minutes, elle rejoindra sa belle
Dans leur jardin d’amour, elle sera pour elle
L’épousée aux lèvres distillant lait et miel**

* Fruit de mon imagination
**Cantique des cantiques

La suite de la journée par ici, cardiaques s’abstenir!

https://hortusclosus.wordpress.com/2015/07/31/a-night-2/

Publicités

291. Une patte dans l’encrier*

image

Un chat chemine dans l’atelier d’un artiste
L’homme colorie à l’encre de Chine un damier
Il s’échine à ne pas dépasser des carrés
Près du bureau, le matou joue l’équilibriste

Mais arrive le moment où c’est la sortie de piste
Badaboum! Impossible de se rattraper
Le félin trempe sa patte dans l’encrier
Et imprime le quadrillage du graphiste

Les traces des coussinets noircissent des cases
Il croit devoir tout recommencer, ça le rase
« Saleté de bestiole! » crie-il furibard

Une fois calmé, le motif lui paraît beau
Des marques accidentelles, il en fait son tableau
La création a toujours besoin de hasard**

*https://1pattedanslencrier.wordpress.com
**Jacques Godbout

290. Au confusionnal

image
Cunilugus à poils blancs répondant au doux nom de Skrub.

Un lapin imprudent s’aventure au couvent
Une nonne charnue parvient à l’attraper
Le met à mijoter et s’en fait un dîner
Lisant Saint François elle est prise d’un tourment

Dans le confessionnal, la femme se repens;
« Une créature à poils, divine, est passée
Je l’ai prise par la fourrure avec doigté
Père, j’ai goûté à sa chair, quel jugement? »

« Péché de luxure » s’exclame l’homme pieux
Il faut exorciser après un tel aveu
Vade retro Satan, sort de ce corps impur! »

La soeur; « Mais je n’ai mangé qu’un cunilugus! »
Le prêtre; « Oups! Ça n’était pas un cunillungus… »
Avant de statuer, il vaut mieux être sûr

289. Ne me quittez pas

image

J’ai peur de l’absence, que les mots disparaissent
Si ils m’abandonnent mon esprit part avec
Alors la folie fera de moi du bifteck
De la viande à pourrir tout au fond d’une caisse

Venez mots salvateurs, regardez ma détresse!
Ayez pitié de moi quand mon cœur est à sec
Ou je finirais comme le pauvre Sénèque
Soyez ma lumière dans ce puits de tristesse

Voyez les beaux écrins que j’ai choisi pour vous
Des lettres, des odes, des sonnets, des haïkus
Des calligrammes, des nouvelles, des tankas…

Je vous ai chuchoté à l’oreille des filles
Couché sur des plages ensoleillées aux Antilles
Je ferai tout pour que vous ne me quittiez pas

288. Miroir, Ô mon mirage…

image

Oh! Qu’ils sont beaux les poèmes d’Arthur Rimbaud!
« C’est un trou de verdure où chante une rivière »*
Que j’aimerais être l’artisan d’un tel vers!
Les « like » fleuriraient en guise de bravos

Des divas se jetteraient devant ma clio
Justes habillées de bas et de jarretières
Pour toucher mon corps, arracheraient les portières
Les académiciens tireraient leurs chapeaux

On me reconnaîtrait même en Éthiopie
Pour autant serais-je satisfait de ma vie
À ne me voir que dans ce déformant miroir?

La notoriété ne garde pas de la peine
Voyez ce qui est arrivé à Kurt Kobain
Au cœur privé d’amour, c’est bien peu que la gloire**

*Arthur Rimbaud, Le dormeur du val
**Alfred de Vigny

Stromae, Carmen

https://m.youtube.com/watch?v=UKftOH54iNU

287. L’albatros

image

Enfin, j’ai trouvé un peu de temps pour écrire!
Aujourd’hui ce sera un sonnet régulier
En alexandrins et de type Pelletier
Tercets en ccd ede, c’est à dire

Composer avec contraintes est un élixir
Qui a pour effet de poser sur le papier
Des tas d’idées au caractère singulier
Le monde inconscient semble tout d’un coup s’ouvrir

Au premier abord on jurerait du contraire
Que toute règle met la liberté à terre
Il faut se préserver d’un jugement hâtif

Libres également sont les vers traditionnels
L’albatros resterait cloué à son récif
Si l’air n’offrait pas de résistance à ses ailes

À moins que…

Stephen McMennamy
Stephen McMennamy