Mgr Félix Dupanloup prie pour son salut

 

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Pays de poésie, Cochonfusius

Dressé dans sa chaire, l’évêque d’Orléans
Distille ses conseils aux ouailles du diocèse,
Il leur recommande abstinence et ascèse
Afin de se soustraire au sort des mécréants.

À la fin du sermon, il pose son séant
Sur un coussin douillet, qui, ses douleurs, apaise :
La veille, sur l’autel, lors d’une orgie à seize,
Il fit le chandelier pour des cierges géants.

Dupanloup ne craint pas la sentence de Pierre,
Car pendant ses ébats il se fends en prières
Destinées au salut d’un enfant de salaud ;

Un bourgeois l’a conçu avec une manante,
Qui l’éleva seule car il prit la tangente,
D’être illégitime, de Felix, c’est le lot.

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Orfèvre

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Herald Dick

On ne peut plus voir à ses lèvres
Qu’elle a souffert d’un bec-de-lièvre,
Son chirurgien, nombreux le rangent
Au niveau des plus grands orfèvres.

 

À cloche-pied

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À cloche-pied

Jeudi soir je suis allé à la fête de la musique sur le port. La circulation était fermée, la température était idéale, les promeneurs portaient des tenues d’été, un vent tout doux caressait la peau tout en faisant flotter des étendards nationaux alignés au bout du quai ainsi qu’un drapeau arc-en-ciel qu’un particulier avait hissé devant sa maison, sans oublier les robes légères, un groupe jouait des standards de Jazz façon reggae, un jeune homme proposait à des inconnus de se servir dans sa barquette de frites, par pure générosité, bref, tout était en place pour que je jouisse d’un moment agréable et pourtant je n’ai pu réfréner un accès de mélancolie qui s’est manifesté dans mon esprit par l’irruption d’une phrase d’Arthur Rimbaud d’Une saison en enfer : « La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde ». J’ai par la suite croisé des amis, nous avons discuté et cette pensée s’est effacée aussi vite qu’elle était venue.

Hier, vendredi, j’ai entendu une autre phrase à l’intérieur de moi, « J’écris pour ne pas crier », elle n’est pas de Rimbaud, ni de quiconque à ma connaissance, je faisais sa découverte. Peu avant, j’avais justement eu envie de crier comme pour me libérer d’une angoisse, comme on cri devant une vision d’horreur.

Aujourd’hui après avoir passé ma matinée à chercher des vers, je me suis demandé si je l’avais fais pour m’extraire du monde ou à l’inverse pour me fondre avec lui. La question est de savoir ce que l’on met derrière le mot « monde ». Si l’on considère les « choses » de l’esprit comme étant le monde alors quand on écrit on fait corps avec lui, d’ailleurs quand quelqu’un est pensif ne dit-on pas qu’il est dans son monde ?

Mais cette expression m’amène à une nouvelle réflexion à cause du pronom personnel qui précède « monde », chacun aurait un monde qui lui est propre. Il y aurait donc, le monde, un espace commun à tous les hommes, un espace à la fois géographique et relationnel qui nous met en lien avec le reste de l’humanité et son monde, un espace immatériel, mais relationnel aussi, qui ne nous fait cependant communiquer qu’avec cette entité que l’on appelle parfois « nous-même ».

Il me semble que ces deux espaces sont indispensables l’un à l’autre. Je ne peux pas me satisfaire de mon monde, il me faut parfois en sortir, aller dans le monde pour trouver du bonheur et inversement, et puis l’un se nourrit de l’autre. Je puise dans le monde matière à réflexions, il alimente mon monde en pensées, et le fruit de mes réflexions influence ma manière d’être dans le monde.

Si on néglige l’un des deux mondes, on souffre.

Il faut savoir passer de l’un à l’autre.

C’est un peu comme quand on marche, on pose alternativement nos pieds devant nous pour avancer. On peut avancer à cloche-pied mais on va bien moins vite et surtout bien moins loin car ça devient vite douloureux.

J’ai trop longtemps avancé à cloche-pied.

Mirabelle et la lune

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Amie des vaches

Mirabelle est sortie pour aller pâturer,
Par une de ces nuits éclairée par la lune.
Elle aime ces moments où nul ne l’importune,
Ses semblables, à rêver, étant tous affairés.

Qui plus est, d’herbe fraiche, elle a plus qu’un carré ;
L’occasion pour manger est vraiment opportune,
Elle broute même les quelques queues de prunes
Que les vers délaissent, le fruit mûr dévoré.

Le ventre bien tendu, elle fait une pause
Et regarde le ciel où l’astre blanc s’impose
Comme un grand bloc de sel à ses yeux globuleux.

Grimpant sur un talus pour y poser la langue,
La lourde ruminante, usée par l’effort, tangue,
Avant de s’écrouler sur un fumier moelleux.