Un moyen de fuir

Bernard Pivot : Vous avez publié un récit autobiographique « Le pavillon des enfants fous », alors qu’est ce qui c’est passé, à treize ans vous étiez dans cet hôpital psychiatrique ?

Valérie Valère : J’ai pas écrit tout de suite ce livre parce que j’étais complètement perdu, il m’a fallu deux ans pour réaliser qu’il fallait absolument que j’en parle, et après j’ai aussi envoyé mon manuscrit à dix éditeurs.

BP : Les enfants du pavillon fous ?

VV : Oui, et puis j’ai reçu des réponses comme quoi c’était pas publiable, c’était pas bien et finalement, au bout de trois mois, j’ai reçu une lettre qui acceptait avec Stock et le roman après je l’ai donné tout de suite.

BP : Après avoir publié le Pavillon des enfants fous vous vous êtes mis à écrire un roman ?

VV : Oui, mais c’était pas tout de suite Malika, il y a eu d’autres romans mais qui ont été ratés.

BP : D’autres romans avant ?

VV : Oui, non, enfin j’ai écris, mais des choses qui n’étaient pas bonnes…

BP : Vous êtes lycéennes ?

VV : Oui

BP : Vous êtes en qu’elle classe ?

VV : En terminale.

BP ; J’ai vu dans votre biographie que vous avez fait une école de cirque ?

VV : Oui, j’ai fait l’école de cirque avec Annie Fratellini, c’était après avoir été en Hôpital psychiatrique, c’était parce que j’étais tellement perdu, tellement paumé dans ce monde ou je trouvais tout le monde plus fou que dans les hôpitaux psychiatriques, je n’arrivais pas à m’en sortir et le cirque c’était une sorte de fuite, parce que c’est un monde tellement irréel, tellement féérique qu’on se laisse vite prendre par ça, on n’oublie un peu la réalité, c’est un moyen de fuir.

BP : Est-ce que l’écriture est un moyen de fuir ?

VV : Oh oui ! Justement, j’ai découvert que c’était un moyen de fuir nettement plus valable pour moi, beaucoup mieux pour moi que le cirque, par exemple.

BP : Vous êtes aussi comédienne, vous avez joué dans un film (… Ils passent un extrait du film…). Vous voulez devenir comédienne ou bien vous voulez devenir écrivain ou les deux ?

VV : Non, non, je ne veux pas être comédienne, j’ai tourné ce film juste après avoir écrit le pavillon, je m’étais engagé avant alors je l’ai fait, mais le monde de la comédie est un monde qui ne me plait pas tellement parce que c’est très difficile de ne pas se laisser prendre par toute cette féérie aussi, et on n’oublie très vite tout ce qui se passe derrière, et puis une fois qu’on a oublié on se rend compte qu’on est fichu parce qu’on ne peut pas être indifférent à tout ce qui ce passe… On peut pas se préserver dans ce monde-là.

BP : Vous n’avez pas de bonne notes en français au lycée ?

VV : J’ai des notes moyennes, médiocres…

BP : Ah bon !

VV : De toute façon la dissertation française il faut faire des paragraphes, des sous-paragraphes, il faut classer les idées, il faut que tout soit bien clair alors que pour moi rien ne s’explique, pour moi c’est comme ça…

BP : Votre avenir maintenant il est dans l’écriture ?

VV : Ben j’espère… (sourire)

Extrait de l’émission Apostrophe, 27 Avril 1979. Valérie Valère est décédée à l’âge de 21 ans à la suite d’une overdose de médicaments. Un extrait du « Pavillon des enfants fous » et quelques jolies mots de Lola ici.

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