Celle qu’ils n’auront pas (pour Antoine)

Je la sens revenir
elle m’avait quitté
elle nous avait tous quitté
on la croyait morte
disparue à jamais
On n’en avait perdu
jusqu’au souvenir
mais je la sens remonter
je sens
qu’elle monte
qu’elle monte…

Vous voulez ma… Vous voulez ma… Vous voulez ma haine…
Vous ne l’aurez pas… Vous ne l’aurez pas…

Ouais
la joie putain
la joie claire
la joie pure
et pleine
celle qui va nous surprendre
je sens qu’elle vient
un putain de raz-de-marée
Attention !
faut pas l’effaroucher
non
tout doux
tout doux
elle serait encore cap
de s’carapater
Ouais
elle monte
elle monte
Putain je te dis
la joie
celle qui va nous engloutir
celle qui va nous balayer
je sens
qu’elle pointe bout de son pif.

Vous voulez ma… Vous voulez ma… Vous voulez ma haine…
Vous ne l’aurez pas… Vous ne l’aurez pas…

Mais comment j’ai pu penser qu’elle pouvait se taire comme ça
tout d’un coup
disparaitre ?
Elle a pas dis son dernier mot
vous pouvez l’entailler
l’affaiblir
la couler
mais pour la noyer complément
va falloir s’accrocher.

« Antoine », il s’agit d’Antoine Leiris dont la compagne a été assassinée lors de l’attentat du Bataclan et qui avait publié trois jours plus tard ce texte ;

Vous n’aurez pas ma haine

Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son coeur.
Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’ai peur, que je regarde mes concitoyens avec un oeil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.
Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.
Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus fort que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus.

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4 réflexions sur “Celle qu’ils n’auront pas (pour Antoine)

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